Dans lo département de la
Marne.
3. Le maître do poste était chargé d'avoir des relais de chevaux tou* jours prêts.
J. MICHELKT, Ksaivi de près par un cavalier qui comprit son intenlioUi I qui l'eiil tué peut-être ; il se jela dans la Iraverse, s'fln- I fonça dans les bois; nul moyen de ie poursuivre.
Il manqua cependant le Roi àClermont; cette ville, non moins agitée que Sain te-MeneliouM, et neutralisniilili; ^^^ même la troupe par ses menaces, laissa pourtant passer ^^^Toilure. Jamais Drouet ne l'eûtatteinle, si, d'elle-utn ^^Belle ne se lût arrêtée une demi-heure au plus, à 1b pff ^^Kde Varennes, ne trouvant point de relais. M. de Yali ^^Hpassa cette demi-heure à chercher dans les ténèbrei ^^H frapper aux portes pour faire lever les gens endormis. ^^1 Quaud on arriva à onze heures et demie du soir à ^^Vbauteur de Varennes', la fatigue l'avait emporté, ^^Kdormait dans la voiture. Elle s'arrêta brusquement ^^g tous s'éreillërent. Le relais n'apparaissait pas; point nouvelles du courrier qui devait le commander.
M. de Valory, n'apprenant rien, revenait désolé la voilure ; mais celte voiture déjà et ceux qu'elle et tenait avaient reçu un coup terrible, un mot, sommation, qui le Qt dresser en sursaut: « Aa nost laNationl... >
Un homme à cheval accourt par derrière au grand llop, s'arrête droit devant eux, et, dans les lénébi («rie : « De par la Nation, arrête, postillon ! tu mène Roi! »
Tout resta stupéfié. Les gardes du corps n'avaient
armes à feu, ni l'idée de s'en servir. L'homme pas
poussa son cheval à la descente et dans la ville. D<
liOiinutes après on commença à voir des hommes 60
lliTec des lumières, s'agiter et se parler, peu d'abo
hpuis davantage ; les allants et les venajils augmentent,
I 1. Dan» la Uuu>0, a rDuuittlu Vulduu.
ANTHOLOGIE. Ul
petite ville s'éclaire... Tout cela en deux minutes... puis
le tambour bat.
La reine, pour s'informer aussi, était entrée, conduite par l'un de ses gardes, chez un ancien serviteur de la maison de Condé, dont la maison se trouvait sur la pente qui mène à Varennes. On l'attend; quand elle remonte, les gardes réunis contraignent par promesses et menaces les postillons, fort ébranlés, à traverser la ville, passer rapidement le pont qui la divise, la tour du pont, la porte basse et la voûte qui se trouvent sous la tour : nulle autre chance de salut. On venait d'apprendre que le commandant des hussards* qui devait attendre à Varennes, sur la nouvelle de l'arrivée du Roi, au bruit de tout ce mouvement, s'était sauvé au galop ; les hussards étaient dispersés, les uns couchés, les autres ivres. Ce commandant était un Allemand de dix-sept ou dix-huit ans ; il n'était prévenu de rien ; il apprit la chose tout à coup et perdit la tête.
Drouet et Guillaume, un camarade qui l'avait suivi, mirent singulièrement à profit ces quelques minutes. Jeter leurs chevaux dans une écurie qui se trouva ouverte, avertir l'aubergiste pour qu'il avertît les autres, courir au pont, le barrer avec une voiture de meubles et d'autres voitures, ce fut l'affaire d'un instant. De là, ils courent chez le maire, le commandant de la garde nationale ; ils n'ont rassemblé que huit hommes, n'importe, ils vont à la voiture ; elle n'était encore qu'au bas de la côte. Le commandant et le procureur de la commune demandent les passe-ports... « La Reine: Messieurs, nous sommes pressées... — Mais enfin qui ètes-vous ? — Madame de Tourzel : C'est la baronne de Korff. » Ce-
1. Envoyés par le gcnciul Bouillo avec qui le roi avait concerté sa fuite.
I peiidani le procureur de la commune entre, la bolei I à la main, à demi dans la voilure, et en lourae I lumière vers le visage du Roi.
On donne alors le passe-porl. Deux gardes le i à l'auberge. On le lit toul haut, devant les municipaux et T tous ceux qui se Irouvent là. « Le passe-porE est ben.dil scnl-ih, puisqu'il est sign^ du Roi. — Mais, tlït Droncl* i Vesi-ii lia l' Assemblée nationale? — Il était sigtié d'un comiW de membres de l'Assemblée. — Mais l'esl-il ilu \ Président? t \\iisi, la question fondnmenlale du droit I de la France, le nœud de la Constitution, fut exaraii trancbédans une auberge de Champagne, d'une manU dt^cisive, sans appel et sans recours. Les autorités Varennes, le procureur de la commune*, un bon épicier, M. Sauce, hésitaient fort à prendre une si haute responsabilité.
Mais Drouet et d'autres insistent. Ils retournent à h
voilure: t Mesdames, si vous êtes étrangères, comment
avez-VDus assez d'ijifluence pour qu'à Sainte-Mcnehould
ion veuille vous faire escorter de cinquante drag(
' d'autant à Clermont? et pourquoi encore, k Varennes,
' détachement de hussards est-il là à vous attendrefii
Veuillez descendre, et venir vous expliquer à la mtiD'H ' cipalité. s
Les voyageurs ne boui;eaienl pas. Les municipaiii n'annonçaient nulle envie de les forcer à descendre- Lps bourgeois arrivaient lentement ; la plupart, au bruit des tambours, se renroufaient dans leur lit. Il fallut leur parler plus haut. Drouet et les patiioles accoururent au clocher, et de toute leur puissance sonnèrent furieuscmenlle tocsin. Toute la banlieue l'entendait... Est-ce le
rou
■,«am
feu ? est-ce Tennemi ? Les paysans courent, s'appellent, s'arment, prennent ce qu'ils ont, fusils, fourches, faulx.
Le procureur de la commune, M. Sauce, l'épicier, se trouvait fort compromis, qu'il agît, qu'il n'agît point. Il avait une maîtresse femme, qui, dans ce moment critique le dirigea probablement. Mener le Roi à l'Hôtel de Ville, c'était porter atteinte au respect de la royauté ; le laisser dans sa voiture, c'était se perdre du côté des patriotes. Il prit le juste milieu, mena le Roi dans sa boutique.
Il se présenta à la voiture, chapeau bas: « Le conseil municipal délibère sur les moyens de permettre aux voyageurs de passer outre ; mais le bruit s'est ici répandu que c'est notre Roi et sa famille que nous avons l'honneur de posséder dans nos murs... J'ai l'honneur de les supplier de me permettre de leur offrir ma maison, comme lieu de sûreté pour leurs personnes, en attendant le résultat de la délibération. L'affluence du monde dans les rues s'augmente par celle des habitants des campagnes voisines qu'attire notre tocsin : car, malgré nous, il sonne depuis un quart d'heure, et peut-être Votre Majesté se verrait-elle exposée à des avanies que nous ne pourrions prévenir et qui nous accableraient de chagrin. »
Il n'y avait pas à contredire ce que disait le bonhomme. Le tocsin ne s'entendait que trop. Nul secours.
Les gardes du corps avaient inutilement essayé de déménager les meubles et voitures qui encombraient le passage étroit du pont. Des menaces de mort s'entendaient près de la voiture ; plusieurs, armés de fusils, faisaient mine de la mettre en joue. Op descendit, on entra dans la boutique de Sauce, les trois dames, les deux enfants,
et Durand, le valet de chambre*. On conteste à celui-ci sa qualité de valet. Il insiste, soutient son nom de Durand. Tout le monde secoua la tête : « Eh bien, oui, je suis le Roi ; voici la Reine et mes enfants. Nous vous conjurons de nous traiter avec les égards que les Français ont toujourseus pour leurs rois. » Louis XVI n'était pas parleur, il n'en dit pas davantage. Malheureusement son habit, son triste déguisement, parlait peu pour lui. Ce laquais, en petite perruque, ne rappelait guère le Roi. Le contraste terrible de ce rang, de cet habit, pouvait inspirer la pitié, plus que le respect. Plusieurs se mirent à pleurer.