LES SOLDATS DE LA RÉPUBLIQUE
Ce Lvre esl ie pendant des Fammej de la Révolution. est formé en partie de morceaux pris dans l'Histoire de la Révolution el ['Histoire du xix* siècle. Il contïeDt de plus quelques morceaux nouïeaux et des considérations générale
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Ce soDt les arm^s de Is République qui oui dérendn la Ft contre l'Europe i^oulispc, en 1793, el qni ont Ensuite eonqui»] [ Belgique, la rive gaui:ho du Rhin et rilatis. Hichelet !s urmÉcs n'ont pas eu leur pikrt de gloire et vent qu'on I l'bommage <]iii leur est àù.
J'étais enfant en 1810, lorsqu'au jour de la fête de l'Empereur on laissa tomber les toiles qui cachaient le monument de la place Vendâme', et la colonne apparut. J'admirais avec tout le monde. Seulement, j'aurais voulu savoir les noms des hommes d'airain figurés aux bas-reliefs: x Et tous ceux-tà, disais-je, qui montent autour de la (.'olonne, comment les appetle-t-on ? »
Ils montent, aveugles, intrépides, ils montent combattant toujours, comme s'ils allaient pousser la bataille ^ jusque dans le ciel. La spirale tout d'un£oups'arréte... tout ce peuple sans nom devient le marchepied d'un seul
La même pensée m'est revenue souvent dans mes promenades rêveuses,aux Invalides et à l'Arc-de-Triomphe*. Sur ces nobles monuments, je vois le roi et l'empereur, je lis les noms des généraux ; cela m'instruit, cela me touche. Et pourtant ce n'est pas assez, j'aurais voulu connaître aussi le grand peuple obscur, oublié, qui a donné sa vie dans ces longues guerres.
Que sais>je des armées de Louis XIY, de ses infortunés soldats, qui Tont si patiemment servi pendant cinquante années? Peu, très peu de chose. Villars* dit, dans ses Mémoires, que souvent leur misère fut telle « qu'ils ne mangeaient que de deux jours l'un ». Il dit ailleurs : « Vous verriez, avec édification, nos soldats éviter avec le plus grand soin de marcher dans un champ de blé qui est devant notre camp. »
Ce champ de blé me reste au cœur, autant et plus que leurs victoires. Je n'entre jamais aux Invalides, que leurs vertus, leur résignation, leurs longues souffrances ne se représentent à mon souvenir, et que je ne me sente pénétré d'un sentiment de religion.
Les armées de la République sont-elles beaucoup mieux connues que celles de Louis XIV? On le croit, et l'on se trompe. Ces grandes légions fraternelles qui sortirent de terre en 92^,qui,sans pain et sans souliers, presque sans habits en décembre, couraient vers le Nord, ces héros de la patience, soldats du Rhin^, de Sambre-et- Meuse^, qui ne connurent que le devoir, non la gloire et
1. L'arc de rÉtoilc, élevé par l'ordre do Napoléon I*' sur une hauteur au nord-ouest de Paris.
S. Général de Louis XIY.
3. La Législative déclara la guerre à l'Autriche au printemps de 92 ; beaucoup de volontaires s'engagèrent
à ce moment.
4. L'armée du Rhin défendait l'Alsace contre les Autiichiens et les Prussiens.
5. L'armée de Sambre-et-Meuse défendait le Nord en 1793, elle conquit la Belgique en 1794.
le profil, sont-ils suffisamm enl représentés par quelques noms iascrils aux voûtes de l'Arc-de-Trionipho ? Grands noms, je ne le nierai pas, mais dont beaucoup nnus rappellent des idées toutes contraires au dévouement désintéressé qui caractérisait les masses. Nombre de ces généraux ont eu le prix de leurs actes en ce monde, le prix qu'ils voulaient, les grades et l'argent. Le grand peuple muet des armées attend encore sa récompense.
Quand Je lis dans les mémoires de Napoléon, et d'autres généraux illustres, cette simple et sèche mention: ( A telle affaire, j'avais tant d'hommes, » je m'étonne et je m'attriste. Qui ne sait que le nombre est ici chose secondaire ?
11 fallait dire : « J'avais tels hommes..., et c'est pi quêtais ils étaient, que mon génie put hasarder tant choses contre toute règle, tout calcul de prudence humaine. Je connaissais à merveille l'épée enchantée, infaillible, que la Révolution mourante avait placée dans ma main. Arcole' et bien d'autres batailles étaient insensées, sans doute, pour qui n'aurait pas eu ces hommes; elles ue l'étaient pas pour celui qui, en commandant l'impossible, lui toujours sûr d'élre obéi, s J
Un mot, une larme, un souvenir au peuple des héitlH oubliés ! ^
Ne croyons pas être quittes envers tant d'hommes dévoués, si nous glorifions leurs chefs. Nous serions injustes pour eux, injustes pour leur pays. Telle province, inférieure peut-être dans la masse du peuple, donna n bre de généraux; telle autre n'eut pas un général, mai le peuple entier y l'ut un admirable soldat. tre autres un pays du centre, pays de peu d
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pauvre et laborieuse, qui nous envoie chaque année une légion d'ouvriers, d'honnêtes maçons, la Creuse. Ces braves gens, aussi fermesr à la guerre qu'au travail, se sont montrés héroïques dans les grandes circonstances. On en vit cinq cents, en Egypte, arrêter, repousser une ^ armée de Mamelucks^, de ces brillants cavaliers, montés, armés royalement, dont chacun, dit Napoléon, valait trois cavaliers d'Europe.
Est-ce à dire que ces hommes obscurs, qui firent dans leur simplicité tant de grandes choses, en réclament le salaire, qu'ils s'indignent du silence de l'histoire dans leur tombe inconnue ? Non, ce qu'ils ont voulu, ils l'ont, suivre le devoir, servir la patrie, voilà tout ce qu'ils demandaient. Ils ont emporté cela avec eux; leur journée estfaite, ils reposent, bons ouvriers de la guerre, paisibles comme la nature qui fleurit les champs de bataille où ils se sont endormis. Mais s'ils peuvent être satisfaits, nous, ne devont pas l'être. C'est notre œuvre à nous, leurs frères, à nous ouvriers de la pensée, de renouveler leur mé- ^ moire, d'exhumer leur souvenir, trop longtemps absorbé dans la gloire de quelques-uns.
Œuvre de travail immense, de justice et de vérité I Elle seule peut cependant acquitter la dette delà patrie. Elle seule rend l'histoire morale et féconde. Nous l'avons commencée, cettte œuvre, dans notre faiblesse. D'autres la reprendront dans leur force.
La voie est ouverte ; l'histoire militaire y entrera, nous • l'espérons. Plus qu'elle n'a fait jusqu'ici, elle descendra dans les profondeurs vivantes, elle voudra pénétrer nos armées dans leur composition, dans le détail où est la
1. L'Egypte en 1798, quand Bonaparte la conquit, appartenait à une Aimée de caraliers, les Mamelucks.
Cette milice avait été formée primitivement de jeunes esclaves achetés par les sultans.
i. MICHKLET.
vie. Elle Gxera le caractère de chacune d'e qu'elles formèrent leurs généraux autant qu'elles fur formées par eux, imprimant aux génies les plus indépendants leur puissante personnalité. Les fermes et vaillantes armées du Rhin, de Sambre-et-Meuse, conduites par des hommes du Nord, ont fait leurs chefs h leur image. La rapide armée d'Italie ', composée de marcheurs terrihles, Basques et Gascons, de bouillants Provençaui, voulait un général du Midi, comme le Piémonlais Masséna", le Corse Bonaparte; elle rei'Ut, donna l'étincelle, électrisa ceux qui l'éleclrisaient; et du contact jaillit la foudre. ^
LES QËNËItAUZ DE I.& R£E>DBLIQUI:
Quand les irmées françalaos eurent H lutter conlro l'Europe, en 179^1, la ptupurl des ofUcien aiidons avaient émigré ou étaient proscrits. Il fallut improviser des géai^ruux. Presque tous étaient d'ancieiiB Boua-oflitiors c|ui avaient Iraïersé eti quelques I les grades.
Pourquoi les généraux de la jeune République recherchaient-ils si peu l'autorité? C'est qu'ils l'avaient en eux. Ils commandaient par un don de nature, et comme ayant pouvoir du ciel. L'amour, l'admiration, entraînaient les masses après eux; le respect de leurs vertus, de leur grand cœur, leur figure héroïque. Tout homme étaitsaisi, ravi à la vue du général H oche^; les plus bravea se troublaient au regard de Rléber.
Mais cette puissance même leur créait un péril. Quel n'était pas la sombre défiance des représentants
peuple, des hommes delà loi, quand, venant aux armées, ils les voyaient adorant ces héros et ne voulant plus voir la patrie qu'en eux seuls ; et eux, commandant par Tamour, ayant comme supprimé l'autorité par une si grande autorité morale, maîtres sans l'avoir cherché, et rois involontaires ! On ne comprend que trop les craintes des jaloux amants de la liberté.
De là, trop souvent, incertitude de la direction politique. De là, défiance excessive du pouvoir civil pour le pouvoir militaire.
La fraternité qu'ils avaient pour l'étranger, il va sans dire qu'ils l'avaient entre eux. Le respect de Marceau* pour Kléber, Kléber le rendait àCanclaux». La défense morale, la cordialité mutuelle fut admirable dans l'armée du Rhin. Elle vivait d'une même âme. Tous ses chefs, Dubayet, Vimeux, Haxo, Beaupuy, Kléber^, furent un faisceau d'amis. Joignons-y leur représentant chéri, Merlin de Thionville *, toujours à l'avant-garde, et qui ne se fût pas consolé de manquer un combat.
Une chose bien remarquable alors, c'est que ce sont surtout les très grands militaires qui semblent les plus pacifiques. Hommes admirables à qui la guerre apprit o< surtout la haine de la guerre.
Comment s'en étonner, lorsqu'on voit que la vocation de plusieurs de ces grands hommes de guerre ne s'annonça nullement par un juvénile élan militaire, mais par un mouvement de justice et d'indignation contre l'iniquité?
Celui que les soldats ont appelé le dieu Mars, Kléber,
i% Né en 1769, sergent en 89, tué en 1796.
S. Général en chef de l'armée qui combattait les Vendéens.