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Presqu'île au nord-est de la Sibérie

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des eaux mêlées et pea à peu saumàtres, deviennent enfin marines. Dans les landes, c'esl, avant la nier, une mer préalable d'Iierbes rudes et basses, fougères et bruyères. Étanl encore â une lieue, deux lieues, vous remarquez les arbres cliétii's, souffreteux, rechignes, qui annoncent à leur manière par des altitudes, j'allais dire par des gestes étranges, la prosimilé du grand tyran, et l'oppression de son souffle. S'ils n'étaient pris par les radnes, ils fuiraient visiblement; ils regardent vers la terre, tournent le dos à l'ennemi, semblent tout près de partir, en déroute, écbevelés. Ils ploient, se courbent jusqu'au sol, et ne pouvant mieux, livés là, se tordent au vent des tempêtes. Ailleurs encore, le tronc se fait petit et étend ses branches indéfiniment dans le sens horizontal. Sur les pla^'es où les coquilles, dissoutes, élèvent une fine poussière, l'arbre en est envahi, englouti. Ses pores se fermant, l'air lui manque; il est étouffé, mais conserve sa forme el reste là, arbre de pierre, spectre d'arbre, ombre lugubre qui ne peut disparaître, captive dans la mort même.

Bien avant de voir la mer, on entend et on devine la redoutable personne. D'abord, c'est un bmit lointain, sourd et uniforme. Et peu à peu tous les bruits lui cèdent et en sont couverts. On en remarque bientôt la solennelle alternative, le retour invariable de la même note, forte el basse, qui de plus en plus route, gronde. Moins régulière l'oscillation du pendule qui nous mesure l'heure ! Mais ici le balani'ier n'a pas la mouolonie des choses mécaniques. On y sent, on croit y sentir la vibrante intonation de la vie. En effet, au moment da tlux, quand la vague monte sur lavague, immense, électrique, il se mêle au mouvement orageux des eaux le bruit des coquilles et de mille êtres divers qu'elle ap-

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porte avec elle. Le reflux vient-il, un bruissement fait comprendre qu'avec les sables elle remporte ce monde des tribus fidèles, et le recueille en son sein.

Que d'autres voix elle a encore ! Pour peu qu'elle soit émue, ses plaintes et ses profonds soupirs contrastent avec le silence du morne rivage. Il semble se recueillir pour écouter la menace de celle qui le flattait hier d'un flot caressant. Que va-t-elle bientôt lui dire ? Je ne veux pas le prévoir. Je ne veux point parler ici des épouvantables concerts qu'elle va donner peut-être, de ses duos avec les rocs, des basses et des tonnerres sourds, qu'elle fait au fond des cavernes, ni de ces cris surprenants où l'on croit entendre : « Au secours!... » Non, prenons-la dans ses jours graves, où elle est forte sans violence.

Granville est normand de race, breton d'aspect. Il oppose fièrement son rocher à l'assaut épouvantable des vagues, qui tantôt apportent du Nord les fureurs discordantes des courants de la Manche, tantôt roulent de l'Ouest un long flot toujours grossi dans sa course de mille lieues, qui frappe de toute la force accumulée de l'Atlantique.

J'aimais cette petite ville singulière et un peu triste, qui vit de la pêche lointaine la plus dangereuse*. La famille sait qu'elle est nourrie des hasards de cette loterie, de la vie, de la mort de l'homme. Cela met en tout un sérieux, harmonique au caractère sévère de cette côte. J'y ai bien souvent goûté la mélancolie du soir, soit que je me promenasse en bas sur la grève déjà obscurcie, soit que, de la haute ville qui couronne le rocher, je visse le soleil descendre dans l'horizon un peu brumeux. Son énorme mappemonde, souvent rayée durement de raies

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