Les dolmens sont des tom
peuples qui ont habité la Gaule avant l'arrivée des Romains ; dolmen signifie en breton table de pierre.
62 J. MIGHELET.
existent précisément aux points favorables d'où Von peut le mieux voir des feux. L'empire romain avait illuminé, de promontoire en promontoire, toute la Méditerranée.
La grande terreur des pirates du Nord, la vie tremblante du sombre moyen âge, font éteindre tout cela. On n'a garde d'aider aux descentes. La mer est un objet de crainte. Tout vaisseau est un ennemi, et, s'il échoue, une proie. Le pillage du naufragé est un revenu du seigneur : c'est le noble droit de bris *. On sait ce comte de Léon* enrichi par son écueil, « pierre précieuse, disait-il, plus que celles qu'on admire aux couronnes des rois. »
De nos jours, innocemment, les pêcheurs ont souvent causé des naufrages en allumant au rivage des feux qu'on voyait de la mer. Les phares mêmes en ont causé, tant qu'on put les confondre entre eux. Un feu pris pour un feu voisin provoqua parfois d'horribles méprises.
C'est la France, après ses grandes guerres, qui prit l'initiative des nouveaux arts de la lumière et de leur application au salut de la vie humaine. Armée du rayon de Fresnel ' (une lampe forte comme quatre mille, et qu'on voit à douze lieues), elle se fit une ceinture de ces puissantes flammes qui entre-croisent leurs lueurs, les pénètrent l'une par l'autre. Les ténèbres disparurent de la face de nos mers.
Pour le marin qui se dirige d'après les constellations, ce fut comme un ciel de plus qu'elle fit descendre. Elle créa à la fois les planètes, étoiles fixes et satellites, mit dans ces astres inventés les nuances et les caractères différents de ceux de là-haut. Elle Varia la couleur, la
1. Droit de s'approprier le chaîne- . 3. Le Léon est la pointe nord*
ment et de faire prisonnier l'équi- I ouest de la Bretagne,
page des navires naufragés. Ce ! 3. Fresnel, physicien français, du
droit 8'exerça surtout en Bre- j xi.x*' siècle, inventeur d'une lampe
taglie< '• pour les phares.
durée, l'intensité de leur scintillation. Aux uns, elle donna la lumière tranquille, qui suffit aux nuits sereines ; aux autres, une lumière mobile, tournante, un regard de feu qui perce aux quatre coins de Thorizon. Ceux-ci, comme les mystérieux animaux qui illuminent la mer, ont la palpitation vivante d'une flamme qui flamboie et pâlit, qui jaillit et qui se meurt. Dans les sombres nuits de tempêtes, ils s'émeuvent, semblent prendre part aux convulsions de l'Océan, et, sans s'étonner, ils rendent feu pour feu aux éclairs du cieL
Il faut songer qu'à celle époque (1826), et en 1830 encore, toute la mer était ténébreuse. Très peu de phares en Europe. Nul en Afrique que celui du Cap. Nul en Asie que Bombay, Calcutta, Madras *. Pas un dans l'énorme étendue de l'Amérique du Sud. Depuis, toutes les nations ont suivi, imité la France. Peu à peu la lumière se fait.
Je voudrais pouvoir ici accomplir avec vous en une nuit la circumnavigation de notre Océan, entre Dunkerque* et Biarritz ^, et la revue des grands phares. Mais elle serait bien longue.
Calais, de ses quatre phares de feux de couleurs différentes, qu'on doit voir de Douvres* même, fait à l'Angleterre, au monde qui passe par l'Angleterre, des signes hospitaliers. Le beau golfe de la Seine, entre la Hève et Barfïeur, illuminé de phares amis, ouvre le Havre à l'Amérique " et la reçoit directement au foyer, au cœur, de la France.
Elle-même s'avance en mer pour recueillir les vais-