Un peu moins de 2,000 métros
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t Lui-même il avail Làle de revoir les hauts lieux qu'en celle année lardîve la neige quittait à peine. Il élail plus pressé que moi de se remettre en possession de la montagne. Le temps était sévère. Le vent change sans cesse dans ces régions élevées. Il tourne plusieurs fois par jour. Nous avions, en été, les hourrasquesd'un froid printemps. Il gelait chaque nuit. Et la veille de notre départ, le soleil se coucha (très mauvais signe) derrière uu noir chaos, mobile et fantastique. Colani n'augurait rien de hon, mais il ne disait rien. Dans ses dents seulement, il murmurait des noms de plantes et de fleurs inconnues.
« Je me lève à quatre heures. Je suis prête avant six. Le riel est sombre. Le vent âpre balaye la neige qui commence à tomber. N'importe, nous partons. Dans un petit char de montagne, tout ouvert par-devant, immobile, je reçois la hise, aiguisée et subtile, qui entre, s'insinue, comme en fines pointes d'acier.
» A ma droite, j'avais les massifs de la Bemina. A travers les aroles' frémissants, j'en voyais les blanches cimes. A gauche, plus tristes encore, se dressaient des montagnes nues, qui n'ont pas même de neige, et semblent inhospitalières. Nous avancions peu, retardés par le vent qui nous venait d'en face. Les rares passants de la route, qui, ce jour de dimanche, allaient au prêche, s'étonnaient de voir « une dame pâle » s'en aller par un temps si dur.
a. Nous arrivons à une auberge, qui, comme l'h6lel de Samaden, s'appelle l'bôtel de Démina. C'est de là, et non de plus près qu'on a tout l'effet de cette imposante chaîne. Les glaciers se volent en dessus ; ils vous montrent à nu, sur plusieurs points, leurs vives arêtes d'émeraude'. Ils
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viennent sur vous ; vous en sentez la lourdeur écrasante. On est transi rien qu'il les regarder.
« Dans ce jour de morne tristesse, rien de plus grandiose que de voir un à un tous ces géants. Leur lugubre issemblée se détachait eu blancs fantômes sur le ciel gris. Un seul point noir, le pic de Bernina, se projetait en cime aiguë. De chaque côté de la route, d'anciens glaciers avaient déposé leurs décombres. On passait au milieu des morts.
€ Malgré juillet, l'hôtel ressemblait à ces lieux de refuge créés pour les tourmentes d'hiver. Personne pour nous recevoir, toutes les portes fermées, les grands poêles allumés dans l'intérieur, et je ne sais quelle sourdine mise à la vie. — L'hôtesse me prit en pitié, me plongea sous les couvertures. Nous entrâmes dans la vallée.
« Là, comme frappés du doigt d'une méchante fée, les arbres cessent subitement. Le paysage perd tout horizon ; il se resserre de plus en plus entre deux hautes montagnes. La vallée est plutôt un étroit corridor qui monte au col de la Stretla. Le sentier, cahoteux, chemine péniblement. Au-dessous, bien plus bas, coule un torrent grisâtre. Les chars ne s'aventurent pas plus loin. Nous avions pris, à Bernina, le chariot rustique des faneurs. Un champ de neige nous arrêta. Je le traversai avec une joie d'enfant craintive et hardie.
a Quel contraste entre la terre et le ciel ! Du ciel farouche nous venait le grand hiver. Le grésil avait remplacé la neige. Un vent violent sifflait, nous cinglait le visage. Tout s'assombrissait sur nos têtes. — A nos pieds, au bord du champ de neige, l'image la plus aimable de la vie. L'incomparable anémone printanière se penchait dans son idéale toilette d'un lilas pâle. Son heure était déjà passée. Elle s'était comme endormie dans le rêve
d'mi beau moment. Dé blàpdfis.ot longues soies, douces, légères, éleclriques, retom hâtent 'sur elle, enveloppaient sa maternité. — Je saluai dans'celfe "première apparition de l'a/pe', une ûrae douce et cha'rroanl«-(]ui me faisait Dieu visible dans un lieu désolé. '- ~
(f Le monde peu à peu se fermait derrièreJiou^JJe désert commentait. Partout la solitude est imposante ^;n><t{s combien plus au seuil de la nature morte, si près de ces. . glaces éternelles !
d Mon guide, de son jarret nerveux, me devançait; il avait trop pratiqué la monlagne pour rien éprouver du trouble d'une âme neuve. Aussi ardent h la chasse aux plantes qu'à la chasse du chamois, on eut pu voir de fauves lueurs passer dans ses yeux. Il avait des rires en lui-même et quelque chose du Faune' à chaque capture. Ces fleurs, c'était une proie.
« Malgré ce ciel si triste et ce froid noir, ennemi de la vie, elles embaumaient l'air. La daphné, avec une teinte analogue au lilas, en rappelle l'odeur, la suavité pénétrante. Près d'elle, l'orchis vanille détachait de l'herbe pflle la sombre pourpre de son épi. Nul parfum plus fidèle. Même au fond d'un herbier, couché et enterré, il donne un souvenir de son Hme odorante qui semble aimer encore.
« La grande gentiane bleue déjà délleurissait, avait fermé son urne. Sur la prairie régnait la gentiane de BaviÈre, brillante, éblouissante. Son étoile d'azur intense tremblait et scintillait. C'était toute la joie du désert en ce jour sombre. Elle me rendait le ciel absent, un ciel approfondi, doublé.
de momaiciie I i. DiTiDiM
» pSlurage»