MIGHELET
Le lieu est fort sévère, iç n'y Iroiivai point la Hni: qni cherche l'abri de. l'amie. Fille des bois, sous l< ombre, elle habille la xoche do ses traînes ondoyantes, de ses clochettes-. Fqsfl pile, légères, qui tremblent au moindre vent.- M^éme des fleurs qu'on trouve au Julier, au Splu^en * (Wyosotis et pédiculaire rose>, je ne les voyais pas'icr. -Les pentes y sont rapides et n'ont pas iestour- .bi^fès qui avivent ces fleurs de leurs eaux fermentées.
« Celles-ci font face à leur sort par divers moyens de prudence. Les gentianes s'ouvrent, se ferment à propos, mesurent leurs tiges au froid, à la tourmente et souvent les abrègent. La campanule en Ihyrse, au lieu d'égrainer ses clochettes au veut, les serre autour d'elle en épi, s'en fait un essaim d'alvéoles. Chez d'autres, les feuilles groupées à la naissance de la tige en collerette, restent près de la terre. Nourrices et pourvoyeuses, elles en ont lasagesse. Leur nourrisson, la fleur, seule, au beau jour, s'élance d'un jet vers la lumière, la boit avidement et en meurt.
c Cet âpre Heu est pourtant un reluge. Roulée par l'avalanche, souvent la petite émigrante des hauts soniniels y tombe et croit y trouver plus d'abri. Elle s'arrange, elle s'oriente, selon qu'il lui faut l'eau, la chaleur, la lumière. Mais le froid n'y est guère moins rude. L'hiver l'y suit (même en juillet). Pauvre petite fridoutine, qui n'a. fait le voyage que pour manquer encore sa destinée 1...
« Nombre de fleurs hâtives avaient déjà péri, frappées du vent cruel, plus aigu aui lieux étroits que sur les sommets même. La pâle soldanelle, qu'il fouettait sans relâche, livrait û ce génie sauvage sa flexibilité, sa doitceur résignée à ces rigueurs du sort.
f Cependant Colani m'avait tout k fait oubliée. Il était
SoDiiuoU don AlpQS (-riEti. La 1 4 s du Splugea et( Iraieriàs ■ | r
» Alp«.
loin, perdu dans le labyrinthe des roches éboulées. J'étais seule, bien seule; j'avais ce que j'avais cherché, les tristesses de la montagne. Mais je n'en prévoyais pas le lugubre silence. Dans le clair obscur blafard du ciel neigeux rien ne bougeait. Pas un oiseau au ciel, pas un moucheron pour animer l'espace. Un sifflet me fit tressaillir (c'était une marmotte surprise), et après, le désert n'en fut pas plus muet. Point de ruisseau, point d'eaux qui murmurassent. Le torrent coulait bas et loin. L'air seul, tourmenté, gémissait, ou par moment criait, éclatait en sinistres plaintes.
«: Je n'avais point d'eCTroi, mais la sensation d'une âme entière, qui, seule avec soi-même, traverse l'infini, en retournant à Dieu. »