Capitale des possessions hollandaises en Océanie
104 J. MIGHELET.
est un triomphant cimetière. En trente années de l'autre siècle (1730-1752), elle a mangé un million d'hommes, soixante mille en une année (1750). Moins terrible aujourd'hui, elle est un peu purifiée.
Des animaux de Tancien monde oubliés là, ce semble, ont un aspect funèbre. Le soir, des chauves-souris, énormes et velues qu'on ne voit pas ailleurs. Le jour, à midi même, ne craint pas de paraître ce revenant des époques lointaines où le serpent avait des aile^, l'étrange Dragon volant. Nombre d'animaux noirs accordent leur couleur avec le noir basalte * qui porte les montagnes. Noir est le tigre aussi, ce destructeur terrible qui, en 1830 encore, mangeait par année trois cents hommes.
Sur ces terreurs d'en bas plane et triomphe la sublime terreur des volcans. Ils ont l'air d'être des personnes. Les anciens habitants voulaient les apaiser. On leur faisait des temples. (On en voit quatre cents en ruine sur un seul rocher.) Ils avaient des autels, ils avaient des statues. La peur avait fait l'art. Les sculptures qui subsistent témoignent de l'effroi des Malais *, de leur adresse aussi et de leur ingénieuse main.
Ces géants de feu diffèrent tous. Ils ont des noms à part. Tels sont des dieux indiens, des héros du Raraayana^. Tel se fait jour dans un désert étrange, incrusté par les sources, il en perce les durs cristaux. Tel bouillonne en eaux sulfureuses qui, même refroidies dans de petits étangs, ont toujours la fièvre et frissonnent. L'un verse un lac de lait, de blancheur fantasmagorique. — Ailleurs, c'est toujours une contrée criblée de grosses sources salées, dont la plus grosse joue et danse, en grondant, tonnant, dessous. Elle joue à la balle avec des
i. Boche volcanique noire. i 3. Grand poème hindou écrit ea