LE PETIT DÉMON DU FOYER. LE FOLLET
Michelet marque le moment où les serfs sortirent de rindistinction de la vie en commun, où Thomme prit assez de courage pour vivre à part en hameau ou bâtir des huttes dans les clairières des ftirêts.
Le fojer isolé fit la vraie famille. Le nid fit Toiseau. Dès lors, ce n'étaient plus des choses, mais des âmes... La femme était née. Moment fort attendrissant. La voilà chez elle. Elle peut donc être pure et sainte, enfin, la pauvre créature. Elle peut couver une pensée, et, seule, en filant, rêver, pendant qu'il est à la forêt. Cette misé-
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rable cabane, humide, mal close, où siffle le vent 3TiiTér, en revanche, esl silencieuse. EUeacerlains coins obscurs où la femme va loger ses rêves.
Maintenant, elle possède. Elle a rjuelijue chose 1 elle. — La quenouille, le Ut, le coffre, c'est lout, ditl^ vieille chanson'. — La table s'y ajoutera, le bane, i deux escabeauï... Pauvre maison bien dénuée 1 mais elle esl meublée d'une âme. Le feu i'égaye; le buis bénit protège le lit, et l'on y ajoute parfois un joli bouquet de verveine. La dame de ce palais file, assise sur sa porte, ca surveillant quelques brebis. On n'est pas encore asse! riche pour avoir une vache, mais cela viendra à la longue, si Dieu bénit la maison. La forèl, un peu de pâture, des abeilles sur la lande, voilà la vie. On cultive peu de blé encore, n'ayant nulle sécurité pour une récolte éloignée. Cette vie, très indigente, est moins dure pourtant pour la femme ; elle n'est pas brisée, enlaidie, comme elle le sera aux temps de la grande agriculture. Elle a plus de loisir aussi. — Elle est seule. Point de voisine, La mauvaise et malsaine vie des noires petites villes fermées, l'espioDnage mutuel, le commérage misérable, dangereux, n'a pas commencé. I
Celle-ci n'a d'ami que ses songes, ne cause qu'avgB ses bêtes ou l'arbre de la foret. ^
Us lui parlent; nous savons de quoi. Ils réveillent en elle les choses que lui disait sa mère, sa grand'mère, choses antiques, qui, pendant des siècles, ont passé de femme en femme. C'est l'innocent souvenir des vieux e
prits de la contrée, touchante religion de famille, qui, dans l'habitation commune et son bruyant pêle-mêle, eut peu de force sans doute, mais qui revient et qui hante la cabane solitaire.
Monde singulier, délicat, des fées, des lutins S fait pour une àme de femme. Dès que la grande création de la Lé. gendedes saints' s'arrête et tarit, cette légende plus ancienne et bien autrement poétique vient partager avec eux, règne secrètement, doucement. Elle est le Irésor de la femme, qui la choie et la caresse. La fée est une femme aussi, le fantastique miroir où elle se regarde embellie.
Que furent les fées? Ce qu'on en dit, c'est que, jadis, reines des Gaules, fières et fantasques à l'arrivée du Christ et de ses apôtres, elles se montrèrent impertinentes, tournèrent le dos. En Bretagne, elles dansaient à ce moment, et ne cessèrent pas de danser. De là leur cruelle sentence. Elles sont condamnées à vivre jusqu'au jour du Jugement^. — Plusieurs sont réduites à la taille du lapin, de la souris. Exemple, les Kowrig-gwans (les fées naines), qui, la nuit, autour des vieilles pierres druidiques, vous enlacent de leurs danses. Exemple, la jolie reine Mab^, qui s'est fait un char royal dans une coquille de noix. — Elles sont un peu capricieuses, et parfois de mauvaise humeur. Mais comment s'en étonner, dans cette triste destinée? — Toutes petites et bizarres qu'elles puissent être, elles ont un cœur, elles ont besoin
1. Croyance qui remonte aux peuples de la Gaule ; les fées sont des femmes douées d'une puissance minenlense ; les lutins, des nains qui prennent plaisir à tracasser les hommes.