Fée des songes, célébrée par Shakespeare
i. MICHELET.
r d'être aimées. Elles sont bonnes, elles sont mauvaises et
r pleines de fantaisies. A la naissance d'un enfant, elles
descendent par la cheminée, le douent et font son d
Elles aiment les bonnes fileuses, Glent elles-mêmes di-
finemenl. On dit : filer comme une fée.
Les Contes de fées, dégagés des ornements rldiculM' dont les derniers rédacteurs' les ont affublés, sont lecœar' du peuple même.
Ces contes ont une partie historique, rappellent le grandes ramines(dans les ogres', etc.). Mais générale mes ils planent bien plus haut que toute histoire, snr l'ail de l'Oiseau bleu^, dans une éternelle poésie, disent m vœux, toujours les mêmes, l'immuable histoire ducoeof
Le désir du pauvre serf de respirer, de reposer, d trouver un trésor qui finira ses misères, y revient soa vent. Plus souvent, par une noble aspiration, ce l est aussi une àme, un trésor d'amour qui sommeille (dans la Beile au bois dormant); mais souvent la charmanU' pei'sonne se trouve cachée sous uu masque par un fatal enchantement. De là la trilogie touchante, le crescendé admirable de Biquet à la houppe, de Peau d'Ane, et ds la Belle et la Bête. L'amour ne se rebute pas. Sous ces laideurs, il poursuit, il atteint la beauté cachée. Dans Ici dernier de ces contes, cela va jusqu'au sublime, et Je crois que jamais personne n'a pu le lire sans pleurer.
Une tendresse infinie est dans tout cela. — Cette ùraa enchantée ne pense pas ii elle seule. Elle s'occupe auss sauver toute la nature et toute la société. Toutes les v limes d'alors, l'enfant battu par sa marfttre, la cadette
méprisée, maltraitée de ses aînées, sont ses favorites. Elle étend sa compassion sur la dame même du château, la plaint d'être dans les mains de ce féroce baron (Barbe- Bleue). Elle s'attendrit sur les bêtes, les console d'être encore sous des figures d'animaux. Cela passera, qu'elles patientent. Leurs âmes captives un jour reprendront des ailes, seront libres, aimables, aimées. — C'est l'autre face de Peau cCAne et autres contes semblables. Là surtout on est bien sûr qu'il y a un cœur de femme. Le rude travailleur des champs est assez dur pour ses bêtes. Mais la femme n'y voit point de bêtes. Elle en juge comme l'enfant. Tout est humain, tout est esprit. Le monde entier est ennobli. Oh! l'aimable enchantement! Si humble, et se croyant laide, elle a donné sa beauté, son charme à tonte la nature.
Est-ce qu'elle est donc si laide, cette petite femme de serf, dont l'imagination rêveuse se nourrit de tout cela? Je l'ai dit, elle fait le ménage, elle file en gardant ses bêtes, elle va à la forêt et ramasse un peu de bois. Elle n'a pas encore les rudes travaux, elle n'est point la laide paysanne que fera plus tard la grande culture du blé. Elle n'est pas non plus la grasse bourgeois;?, lourde et oisive, des ▼illes. Celle-ci n'a nulle sécurité, elie est timide, elle est douce, elle se sent sous la main de Dieu. Elle voit sur la montagne le noir et menaçant château d'où mille maux peuvent descendre. Elle craint, honore son mari. Serf ailleurs, près d'elle il est roi. Elle lui réserve le meilleur, vit de rien. Elle est svelte et mince, comme les saintes des églises. La très pauvre nourriture de ces temps doit faire des créatures fines, mais chez qui la vie est faible. — Immenses mortalités d'enfants. — Ces pâles roses n'ont que des nerfs. De là éclatera plus tard la danse épileptique du quatorzième siècle. Maintenant, vers le
]. MICHbLET.
douzième, deux faiblesses sont allachi^es & ceï élal Îk
(iemi-jeùne : la nuit, le somnambulisme, el, le jour,
(l'illusion, la rêverie el le don des larmes I Cette femme, tout innocenle, elle a pourtant, nom Pavons dit, un secret qu'elle enferme dans son cœur: le souvenir, la compassion des pauvres ani^iens dieux, tombés à l'état d'Esprits. Pour être Esprits, ne croyez pu qu'ils soient exempts de souiïrances. Loges aux pierreSti au cœur des chênes, ils sont bien malheureux l'hiver. II! aiment fort la chaleur. Ils ràdent autour des maisons. On en a vu dans les étables se réchauffer près des besliaui. N'ayant plus d'encens, de victimes, ils prennent parfoùt du lait. La ménagère, économe, ne prive pas son mari mais elle diminue sa part, et, le soir, laisse un peu à crème.
Ces esprits qui ne paraissent plus que de nuit, eiiléS du jour, le regrettent el sont avides de lumière. La nuit, elle se hasarde, et. timidement, va porterun humble pelll fanal au grand chêne où ils habitent, à la mystérieusl fontaiiiG dont le miroir, doublant la flamme, égayera 14 tristes proscrits.
Les esprits ne sont pas ingrats. Un matin, elle s'éveille, et, sans mettre la main à rien, elle trouve le ménage fait. Elle est interdite et se signe, ne ditrieii. Quand l'homme part, elle s'interroge, mais en vain. 11 faut que ce soit uo esprit. ( Quel est-il? et comment est-il?... Oh! quejS voudrais le voir 1... M.iis j'ai peur... Ne dit-on pas qu'oa meurt à voir un esprit? s — Cependant le berceau r mue, et il ondule tout seul... Elle est saisie, et entend une petite voix très douce, si basse, qu'elle la croirait en elle : d Ma chère et très chère maîtresse, si j'aime I bercer votre enfant, e'csl que je suis moi-même enfant. » Son cœur bal, et cependant elle se rassure un peu.
L'innocence du berceau innocente aussi cet esprit, fait croire qu'il doit être bon, doux, au moins toléré de Dieu,
Dès ce jour, elle n'est plus seule. Elle sent très bien sa présence, et il n'est pas bien loin d'elle. Il vient de raser sa robe; elle l'entend au frôlement. Â tout instant, il rôde autour et visiblement ne peut la quitter. Va-t-elle è retable, il y est. Et elle croit que, l'autre jour, il était dans le pot à beurre.
Quel dommage qu'elle ne puisse le saisir et le regarder! Une fois, à l'improviste, ayant touché les tisons, elle l'a cru voir qui se roulait, l'espiègle, dans les étincelles. Une autre fois, elle a failli le prendre dans une rose. Tout petit qu'il est, il travaille, balaye, approprie, il lui épargne mille soins.
n glisse au cœur du mari même, lui fait sa cour, gagne ses bonnes grâces. Il lui soigne ses outils, lui travaille le jardin, et le soir, pour récompense, derrière l'enfant et le chat, se tapit dans la cheminée. On entend sa petite voix tout comme celle du grillon, mais on ne le voit pas beaucoup, à moins qu'une faible lueur n'éclaire une certaine fente où il aime à se tenir. Alors on voit, on croit voir, un minois subtil. On lui dit : «: Oh ! petit, nous t'avons vu I »
LES SORCIÈRES DU PATS BASQX7E
Michelet raconte les assemblées des sorcières du pays basque, d'après les descriptions qu'en a donné de Lancre, conseiller au parlement de Toulouse, chargé, à la iîn du règne de Henri IV, de rechercher les femmes coupables de sorcellerie. Il est à peu près certain que ces assemblées n'ont jamais existé.
Jamais les Basques ne furent mieux caractérisés que
J. MICBELET.
dans le livre de M. de Lancre, l'Inconstance. Chez d
comme en Espagne, leurs privilèges les meltaient qaasi en r^iiublique'. Les noires ne devaient au roi que de le servir en armes; au premier coup de tambour, ils devaient armer deux mille hommes, sous leurs capitaiDM basques.
Les Basques deBuyonueetde Sainl-JeandeLuz',tétet hasardeuses et excentriques d'une fabuleuse audace, qiù s'en allaient en barque aux mers les plus sauvages hac» ponner la baleine, faisaient nombre de veuves. Ils se jetèrent en mas^e dans les colonies d'Henri IV, l'empiré du Canada^, laissant leurs femmes à Dieu ou au Diable.
Les femmes, très jolies, 1res hardies, Imaginatives passaient le jour, assises aux cimetières sur les lombes à jaser du sabbat, en attendant qu'elles y allassent I soir. C'était leur rage et leur furie.
Nature les fait sorcières : ce sont les filles de la o de l'illusion. Elles nagent comme des poissons, joueo dans les flots. Leur maître naturel est le Prince de l'ai roi des vents et des rêves.
Leur juge qui les brûle' est pourtant charmé d'elles < Quand on les voit, dit-il, passer les cheveux au v et sur les épaules, elles vont, dans cette belle chevelurfl si parées et si bien armées, que, le soleil y \ comme à travers une nuée, l'éclat en est violent et ferra d'ardents éclairs... De là, la fascination de leurs jeux dangereux en amour, autant qu'en sortilège. ;
Ce Bordelais, aimable magistrat, le premier type d
, 1. Le peuptu bisque, un dos plus 3. Le Canodo,
freviiiea Aaïquci.
ces juges mondains qui ont égayé la robe au xvii* siècle, joue du luth dans les entr'actes, et fait même danser les sorcières avant de les faire brûler. II écrit bien, il est beaucoup plus clair que tous les autres. Et cependant on démêle chez lui une cause nouvelle d'obscurité, inhérente à l'époque. C'est que, dans un si grand nombre de sorcières, que le juge ne peut brûler toutes, la plupart sentent finement qu'il sera indulgent pour celles qui entreront le mieux dans sa pensée et dans sa passion. Quelle passion ? Une passion populaire, l'amour du merveilleux horrible, le plaisir d'avoir peur. Ajoutez une affaire de vanité : plus ces femmes habiles montrent le Diable terrible et furieux, plus le juge est flatté de dompter un tel adversaire. Il se drape dans sa victoire, trône dans sa sottise, triomphe de ce fou bavardage.
La plus belle pièce, en ce genre, est le procès-verbal espagnol de l'autodafé* de Logrofioa (9 novembre 1610), qu'on lit dans Lorente^. Lancre, qui le cite avec jalousie et voudrait le déprécier, avoue le charme infini de la fête, la splendeur du spectacle, l'effet profond de la musique. Sur un échafaud étaient les brûlées, en petit nombre, et sur un autre, la foule des relâchées.
La sorcellerie, chez nos Basques, avait l'aspect moins fantastique. Il semble que le sabbat n'y fût alors qu'une grande fête où tous, les nobles même, allaient pour l'amusement*. Au premier rang y figuraient des personnes voilées, masquées, que quelques-uns croyaient des princes. < On n'y voyait autrefois, dit Lancre,que des idiots
1. Acte de foi. On appelait ainsi en Espai^e les cérémonies où les hérétiquei étaient brûlés publiquement*