III. L'Intendance Militaire
Les magasins. — Dans l'ancien système de guerre, le soldat, restant souvent des semaines entières sans recevoir une ration de pain, vivait de maraude et ruinait le pays ; mais, un jour de bataille, combien de maraudeurs ne pouvaient rejoindre, et, en cas de retraite, combien étaient massacrés par les paysans furieux ! Quant à la cavalerie, elle ne pouvait se mettre en route qu'au printemps, lorsque l'herbe avait poussé. Une campagne d'hiver était impossible dans de telles conditions : dès que commen(,'ait la mauvaise sai.son, les opérations des belligérants étaient suspendues d'un commun accord.
Louvois mit en pratique une idée bien simple : il créa des magasins. Les commissaires des guerres, qui sont l'origine de notre intendance militaire, furent chargés de jmurvoir la troupe de rations de vivres et de fourrages. Dès lors, on pilla un p<Mi moins, on s'écarta moins des rangs ; le général eut toujours tout .son monde sous la main, et. au grand étonnement des Espagnols, ou put faire la guerre même eu hiver.
234 Appendice.
Le cantonnement, les casernes. — Kn temps de paix, le soldat ne fut pluii logé dans les villages, uii la hurveillauce des chefs était rendue trop ditricilc. On ne le cantonna plus que dans les villes, où les otiicicrs louaient {xtur lui des logLs, qui étaient souvent .l'infectj« taudi.s dans des maisons d'ouvriers. Plu» tard, un nouveau pro;^rés fui réalisé, dans l'intérêt de la bonne discipline et de la tranquillité du lourgeois : en 101>J, on construisit l«'s preniiërei* casernes:' mais le xvii' et le xviii* siècles s'écoulèrent avant que toutes les troupes fussent caseniées.
Les étapes. — Ix)Uvois, au sujet des étapes, n'eut qu'à reprendnune idée de Richelieu. Désormais, (luand les troujies étaient en marche, elles durent suivre les lifjnes li'élapf» : à chaque èlape, elles trouvaient vivres et logements préparés; dès lors, on put savoir exactement à quel jour tel régiment .serait rendu sur tel ou If] point.
Les Invalides. — l)ans les couvent.^ ouverts aux .soldat- iii»>st-i ou iutirMK's, muine-s et oblaU militaires vivaient souvent en n«auvaise intelligence, et les premiers se débarrassaient volontiers de leurs hôtes moyennant une faible sonnue. En lliTO, lyouvois prit une décision digne de la magnilîcence royale. L'architecte Hruand éleva, en quatre ans, le magnitii{ue Hôtel des Invalides, oii les vétérans retrouvèn-nt l'uniforme et l'organi.^ation militaire, oii le» dra|>eaux qui tapissaient l'égli.se leur rapiM'laient leurs anciennes victoires «'t oii le canon, mant*«uvré |)ar leurs mains débiles, tonnait eu l'honneur des victoires nouvelles. Certes, on eût pu U-s .Hec<»urir avec moins de fxste et de déiieiLse; mais Ixiuis XIN «'t Ixiuvois comprirtMit qu'il fallait frapper les imaginations, relever le vieux soldat de l'ancienne humiliation, lui assurer des honneurs en même t*•m|>^ que ih-s fn'roxm.
l'our le» officiers nobles qui, malgré leur pauvreté, répugnaient à
' A P»ri«. cfWm dr l>inrrln«', «i* lu IVplnliTr. .|« l.i «ntiriillp. â<i- lUbjrloDp. ilu K-.ulr. ilr < iiiirlM'Miif. qui ii*' (urriit «rbrvce» que ven 171*1.
Appendice. 'l'èù
se faire atiiiiettre aux liivaliiK-s, ou rétablit les anciens ordres de Saiiit-La/.aiv et de Notre-Dame du Mont Carniei, réunis en un seul par lettres royales de 1072, et dont Louvois prit l'administration sous le titre modeste de grantl-vicaire. Les chevaliers de ces ordres turent entretenus sur les biens et revenus des anciennes fondations. Du reste, la glorieuse hospitalité des Invalides ne tarda pas, même par les plus fiers, à être préférée à tonte autre.
1\'. MlI.lCKS PROVINC lAI.KS.
Idée d'un recrutement fégulier. — lue création qui annonçait un tout autre système militaire fut celle des w/Y/ces provinciales. Devant des coalitions de plus en plus formidables. Louvois comprit que les enrôlements volontaires seraient insuffisants pour recruter les armées. Reprenant l'ancienne idée de Louis XI (les francs-archers) et de François 1" (les Icffions provinciales), il résolut lie faire appel à ces masses rurales, qui ne coimaissaient la guerre que par la pesanteur croissante des impôts, mais que n'atteignait pas le racolement.
Les milicieus. — Kn 1088, il enjoignit aux intendants de lever dans les paroisses, parmi les gens non mariés de vingt à quarante ans, un ou plusieurs miliciens. D'abord le milicien était élu par les habitants; plus tard, il dut être désigné par le tirage au sort. Il était soldé, armé et habiUé, mais sans obligation d'uniforme, aux frais des paroisses. Les miliciens étaient connnandés par des officiers que le roi choisissait parmi les gentilhonimes du pays qui avaient déjà servi. Ils éiaient exercés les dimanches et joure de fêtes. Cinquante miliciens formaient une compagnie; quinze ou vingt compagnies un régiment. On leva ainsi trente rés^iments. ayant un effectif total de G.'ïOOO hommes. Si les régiments de milices étaient appelés aux frontière.s, leur entretien passait à la charge du roi : leurs officiers et leurs soldats étaient alors traités comme ceux dp l'armée régulière.
'SM Aj'ftfiiJice,
Ia: iiulicieti était eii^aj^ê |)our (l<-ii\ ans, inuis i>n traiivn moyeu de le retenir plu.s iotigleiiifxs souh If» (lia|teuux. Kciitrv <laiiK la l^aroisiie, s'il se inuriuit, il était exempt <U' la taille |ieiiiluiit «ieux a us.
l'resquH toutes c«'.s iiiilice.s »« trouvèri'iil ruiiitMisécH il'alHjrd d'ancii'iis militaires. On jMit «loue li;.s eiivo\fr de suite à l'ariiKk.'. oii ce> solduts-lul>oureurtj «e coiiduisi'eut bravement.
Louvois, encouragé, leva de nouveaux ré^jiment.*». étendit l'oliligation du tirage nuMue aux jeunes hommes mariés, y ai^treignit de.s provinces qui «l'alionl n'y avai<'nl pas été obligées, connue le« Troi»-É\ êi'liés et la l*'r»uclie-(,'on'té. 'Mais l'aris et le8 grandes villes en restèrent toujours >?xempt,s.
Apres Louvois, on a.s.similn les bataillons de milices aux l>ataillons de ligue; on ne len forum plus eu ré^imeut.s s|>éciaux : les hommes fun-iit v<msvs daim les régimeut.s de lign«*. «lii l«'-prit nouveau «lu'ils ap|M)rtai'>ut se trouva étouffé.
l'ourtaut. ^i Louis XIV put tenir tête à deux grande.s coalitions, si ses armées montrèrent tant d<' dévoufUK-ut et «le ténacité dans la «léfaite, si files t)oni:èri-ut h \i\ nu)uareliif la suprême victoirt* de Denani. il le «lut certainement au renouvellement des vieux régiments de racolés par l'aiHux de ces éléments plus sains et plus patriotes «pie lui fournirent alors les classes rurales de France. I^e paysan français, sous l'uniforme «lu milicien ou sous celui du soldat, fit sou apparition sur les chain)>s «le bataille. \ Outleiiarde, à Ramillies, à .NLilplaquet. ii Deiiain, on vit combattre notre première artiu'f vraiment nationale.