NUIT D'ÉTÉ — LE CIMETIERE HURON
Les faneurs ont quitté l'odorante prairie, L'humble étoile, à la terre, envoie un doux rayon, Et la brise du soir, exhalant l'harmonie, A la rose qui dort murmure sa chanson.
Là-bas, de grands sapins cachent les Laurentides, Qu'enveloppe déjà le noir manteau des nuits, Et semblent s'élever comme des pyramides Au-dessus des tombeaux des Hurons endormis.
Le ciel est calme et pur, la nature rêveuse; On n'entend que le bruit de l'onde ou des zéphirs, Et l'astre au croissant d'or, de sa lampe pieuse, Vient éclairer ces lieux féconds en souvenirs.
C'est ici, sur ces bords, près du ruisseau rapide Qui fuit, en murmurant, sur son lit de galets, C'est ici, qu'à l'abri de la flèche perfide, Le Huron vint pleurer ses antiques forêts.
Il ne respirait plus l'ardeur de la vengeance, Ce peuple mutilé, malheureux et proscrit, Car sa foi, grande et forte, égalait sa vaillance: Il savait pardonner à l'exemple du Christ.
Les " Pères " avaient dit : " Laisse-là tes cabanes Où chaque lune voit égorger tes enfants; Dis adieu pour jamais à tes lacs, tes savanes, A tes monts où tu suis la piste des élans.
" Ononthio " connaît tes souffrances amères,
Il voit dans son sommeil le Huron, son ami;
Tes fils suivront nos chefs, et tes filles, nos " Mères,"
Fuis ! . . . et laisse au tombeau ton aïeul endormi."
Et le Huron, docile à la voix des bons prêtres, Bientôt après partit, suivant " Ondecheté," Pleurant ces lacs, ces bois, ce pays des ancêtres, Qu'hélas ! son tomahawk n'avait pas racheté !
Mais pourquoi raconter à ces tombes antiques I /histoire des guerriers qu'enferment leurs parois ? Pourquoi redire ici leurs vertus héroïques, Leur naïve ferveur et leurs mâles exploits ?
Donnez, dormez en paix, guerriers pleins de vaillance: Le cri de l'Iroquois, en ce lieu de silence, Aux oreilles des morts n'a jamais retenti.
Unisse/, clans les cieux, vos voix harmonieuses Aux concerts éternels des phalanges heureuses. Et, comme dans vos bois, chantez: '! Statalenti !"
NOTE. — Le cimetière des Hurons se trouvait entre l'église de FAncienne-Lorette, que Ton a récemment démolie, et le presbytère actuel.
" Ononthio " veut dire Grande-Montagne. Les sauvages appelaient ainsi M. de Montmagny. Ils continuèrent à donner ce nom aux gouverneurs de la Nouvelle-France. Ils appelaient " nos Mères " la Vén. Marie de l'Incarnation et ses compagnes Ursuljnes.
" Ondecheté " ou " Aondecheté ", le Père Ragueneau, S. J., avait conduit les Hurons du Pays des Grands Lacs (péninsule huronne) à Québec, d'où ils se dispersèrent dans les campagnes voisines.
"Statalenti " est la traduction du mot " Sanctus " de la messe.