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PR II FACE

De f liistoire de la Prusse, M. Lavisse passa à f histoire de la France qu'il n'aimit jamais cessé d^ enseigner et dont relèvent un certain nombre de ses •premiers articles. Il lui éleva un véritable monument . La France possédait déjà un certain nombre d'études générales dont Vune a été illuminée par les éclairs du génie de Michelet. Des autres^ celles du XVIP et du XVIIP siècle ne sauraient plus compter; ou bien ce ne sont que cVhonnêtes compilations dont les volumes occupent les rayo7is de toute bibliothèque « respectable », sont rarement consultés et ne sont jamais lus.

Il manquait une belle œuvre d'ensemble qui fût bien au courant des dernières recherches et qui, sous une forme agréable, montrât le développement de la nation et son rôle dans le monde et la civilisation. Cette œuvre, M. Lavisse nous l'a donnée. Il ne Va point rédigée lui-même tout entière, ce qui sans

From Prussian liistory, M. Lavisse passed on to the History of France he had never ceased to teach, and to which belonged several of his first articles; and to it he erected a real monument. Some gênerai studies had previously been devoted to France, one of them being illuminated by the tlashes of Michelet's genius. Among the others those of the xviith and xviiiHi centuries cannotbe taken into aceountany more; or then they are painstaking compilations, the volumes of which are still to be found on the shelves of ail gentlemen's libraries, but are rarely consulted and never read.

There lacked a fme comprehensive work brought up to the last researches, and which, in a pleasing form, should trace the development of the nation, her part in the world and in civilisation. M. Lavisse gave us thiswork. He did not

2'i — PREFACE

doute n^eût pas été possible. Il a choisi des collaborateurs versés dans la connaissance de telle ou telle période; mais il a tracé le j)lan d'ensemble; il a révisé avec un soin scrupuleux la tâche de chacun; il a assuré les proportions et V unité de l'ensemble; il a animé tout le travail d'un même esprit et comme d^un même souffle ; et à V œuvre, quelle belle introduction M. Vidal de La B lâche a mise avec son tableau de la géographie de la France ! M. Lavisse s'était réservé un morceau magnifique : le y^ègne de Louis XIV. Jamais histoîHen n'a décrit de façon plus précise les réformes administratives de Colbert ou de Louvois ; de façon plus brillante la cour de Versailles, l'essor des lettres et des arts. Louis XIV revit avec ses grandes qualités et ses défauts plus grands encore, en toute la complexité de sa nature. Le fond de son âme est étalé de la façon do?it les 07^-

write it himself entirely, which would hâve been hardly possible. He chose helpmates, well acquainted with the various periods to be treated. Bat he himself drew the groundplan; he revised scrupulously the contribution ofeveryone; he saw to the proportions and unity of the whole, and he vivified it by instilling into it one spirit, one living breath as it were; and whata tine introduction M.Vidal de LaBlache gave it with his picture of the geography of France I M. Lavisse had kept for himself a magniticent share, the reign of Lewis XIV. Never had an historian shown more accurate précision in the account of Colbert's or Louvois'administrative reforms, more brilliancy in the description of the Versailles Court and the progress of Letters and Arts. Lewis XIV stands before us with the great qualifies and the still greater faulls of his complex nature. The last recesses of his soûl are laid bare in the same way as the organs of the

ganes du corps sont fouillés ]par un anatomiste. M. Lavisse est décidément un peintre de portraits; nous verro?is toujours Frédéric Guillaume P'', Frédéric IL Louis XIV comme il les a représentés en leur virante ressemblance.

Uliistorien de la Prusse et de la France^ M. Lavisse, nous a entretenus souvent des conflits entre les deux puissances au cours des siècles, de la guerre de 1870-187 i, de celle qvb il prévoyait pour X avenir . A bello ad bellum. Il savait que le traité de Francfort se heurtait à la fidélité que l- Alsace gardait à la France^ et, sur l'Alsace, sur les causes de son attachement à la patrie française^ sur les per^sécutions qu'elle a subies depuis quarante-quatre ans pour cet attachement, il a prononcé les paroles les plus émouvantes. Il voyait les causes de conflit s^ accumuler

bodyare dissected by an anatomist. Undoubtedly M. Lavisse is a portrait-painter; we shall always see Frederick William I, Frederick II, Lewis XIV as he drew them in pictures so strikingly true to life.

An historian of Prussia and France, M, Lavisse often dwelt on the conflicts of thèse two powers in tlie course of the centuries, on the war of 1870-1871, and on that he foresaw in the future. A bello ad bellum. He knew that the treaty of Francfort was made void by the loyalty of Alsace to France, and he had had deep moving words about Alsace, the causes of her.love for lier French Fatherland, the persécution she had undergone for forty four years on that account. He saw the seeds of conflict gathering in the Bal-

dans la péninsule des Balkans. « Les Balkans et la f,èc}ie de Strasbourg dominent aujourd'hui la 'politique de V Europe, » écrivit-il un jour . Il savait surtout que la Prusse est un produit de la guerre, qu'elle a toujours vécu par son armée et pour son armée., quelle a façonné V Allemagne, V ancienne Allemagne de Goethe et de Kant, à son image ^ et qu'elle V a incorporée dans son armée. Si parfois, en la générosité de son âme, il faisait le beau rêve que V Allemagne, rassasiée de ses succès et des richesses que lui valaient son industrie et son commerce, reconnaîtrait ses injustices, renoncerait à ses violences et serait clémente aux populations annexées, bieii vite il se réveillait, et constatait que C Allemagne mofitait la veillée d'armes... La nouvelle guerre est venue; elle a été féroce et Vimagination ne pouvait prévoir de telles horreurs. L'un des premiey^s articles écrit par M. Lavisse avait été le récit de tinva-

kanic peninsula. « The question of the Balkans and that of loyal Strasbourg lo day tower above Europe's policy, » he once wrote. Above ail, he knew that Prussia had sprung forth from war and always had lived by and for her army; that the old Germany oF Gœthe and Kant had been remoulded in her image and enlisted in her army. Sometimes indeed the generosity of bis heart led him to fancy that Germany satiated wilh the successes and wealth given her by her industry and commerce, would confess her wrongdoings, give up violence and show mercy to the oppressed; but bel'ore long he awoke from this dream, to bearwitness that Germany was keepingher vigil beforethe GreatFight... The new war bas come; it bas been atrociousand imagination could not foresee such horrors. One of the first articles written bv M. Lavisse had been the account of the Prussian

sion prussienne dans le dèpartemeni de VAiane en 1870-iS7 1 ; mais combien plus abominables ont été les excès commis dans la lutte présente! La ville 7iatale de M. Lavisse, ce Nouvion quil aime tant et quil nous a appris à aimer ^ a été saccagé; sa propre maison a été incendiée systématiquement par les engins que les chimistes avaient préparés en leurs laboratoires; des deuils privés Vont frappé \ le général Lavisse, son frère, a succombé des suites d'une maladie contractée dans les tranchées. Et pourtant M. Lavisse demeure ferme; en ces pages de guerre ici réunies, il oublie les malheurs particuliers pour ne songer qu'à la patrie; il garde l'impartialité de Vliistorien; et si par endroit éclate l'indignation^ c'est Vindignation de Vhonnête homme devayit les traités violés et le sacrilège, devant les atrocités sans nom et le y^etour à la barbay^ie. Le Kaiser, qui eût pu empêcher d'un seul mot cette tey^-

iiivasiuu in l'io dcpai-LiiioiiL ol' Aisne in i870-iH~i; ijuL liuw much more hateful the outrages of the présent struggle hâve been ! The native town of M. Lavisse, that Nouvion he loves so well and he has laught us to love, bas been looted; bis own house has been systematically fired by the engines chemists liad prepared in their lalioratories; death has nol spared bis faniily ; gênerai Lavisse, bis brother, died of the conséquences of an illness caught in the trenches. And yet in the war pages collected in this book, the spirit of M. Lavisse remains unshaken; he forgets private misfortunes to hink only of his counlry; be préserves the fair-mindedness of an historian; and when, at times, indignation burstsout, it is the indignation of an bonest man in the présence of broken treaties, of sacrilèges, of nameless atrocities and of the return of man to barbarousness. The Kaiser w^ho, with

rible lutte^ n'a pas p?'ononcé ce mot. Aujourd'hui, il déclare quHl n'a j)as voulu la guerre ; il en appelle au jugement de Dieu et de t histoire; mais, répond M. Lavisse, « ce Dieu est trop haut et lliistoire est trop loin, » et c'est Vhumanité présente qui jugera et co7idamnera fauteur responsable du plus grand crivie qui ait été comtnis contre Vhumanité.

Christian P FIS TER, professeur à la Faculté des lettres de V Université de Paris.

one word, inight hâve prevenled this dire struggle, did not utter it. To-day he déclares that he did not wanl the war; he invokes the judgment ofGodand History; but, according to M. Lavisse's retort, « that God is too high and History too remote »; and it is our présent mankind who will judge and condemn the man responsible (or the greatest crime ever committed against mankind.

Christian PFISTER, professer at the Faculty of Letters of the Universily of Paris.

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