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BILAN INTELLECTUEL DU SECOND EMPIRE

Nul plus que Challemel-Lacour n'avait gardé un souvenir amer de l'opération de police, un peu rude, qui rassura un matin de décembre la société effarée. Nous avons peine à comprendre, aujourd'hui, la stupeur et le long ressentiment des hommes de 1848. Leur gouvernement — c'est un de vos écrits que je cite, Monsieur — fut le gouvernement de la désillusion. Sans préparation, sans éducation préalable, ils avaient octroyé à notre peuple le suffrage universel, l'instrument qui devait prêter une voix irrésistible aux instincts contrariés de ce peuple. Comment ne pas prévoir que cet instrument lui servirait d'abord à demander un chef? Quand une demande est aussi générale, aussi instante, celui qui doit la satisfaire se rencontre toujours. Selon la forte parole d'un penseur, l'attente crée son objet. Les candides novateurs de 1848 avaient brusquement ouvert les vannes d'un profond réservoir ignoré : et ils s'étonnaient que l'eau prît son cours naturel sur la pente ! Il devait y avoir dans leur irritation beaucoup de ce dépit que nous ressentons contre nous-mêmes,

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