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LA MORT DE FERDINAND BRUNETIERE

cette étude récente et un peu paradoxale sur la Moralité de la doctrine évolutive.

Un temps, il crut qu'Auguste Comte lui donnerait ce qu'il n'avait pu tirer de Darwin. Séduction nouvelle, et qui montre bien comment ce contradicteur du genre humain subissait l'influence des idées ambiantes, avant de se les approprier despotiquement, de les consolider, de s'en servir pour discipliner les esprits qui les lui avaient offertes à l'état flottant. De cette incursion dans le comtisme sortirent V Utilisation du positivisme et les études similaires. C'était la voie oblique qui l'amenait au but.

De plus en plus blessé dans son amour de l'ordre par l'anarchie croissante dans les idées et dans les faits, il se rapprocha de l'édifice catholique. On le vit d'abord rôder, si je puis dire, autour de la cathédrale, examiner et louer en connaisseur la belle architecture du vaisseau, les commodités qu'il offrait aux foules sans abri. C'était le temps où nous rêvions tous de réconciliation sociale, à la lueur du phare allumé devant nous par le pape Léon XIII. Relisez Une visite au Vatican : Brunetière trouva là un grand esprit de sa famille, qui le comprit et l'aima. N'était-il pas l'un des rares laïques contemporains qui eussent lu la Somme de saint Thomas, le seul capable de récrire cette Somme pour notre âge? Il sortit du Vatican à demi conquis. Peu après, il se risqua dans la cathédrale ; d'un pas lent et loyal, tâtant le terrain, se donnant sur un point, se reprenant sur un autre, il avança jusqu'à l'autel. Au soir d'une journée triomphale pour l'orateur et décisive pour l'homme intérieur, comme il parlait au banquet qui suivit

la conférence de Besançon sur le Besoin de croire, il dit : « Je me laisse faire par la vérité... » Belle parole qui fut la devise de toute sa vie et devrait être l'épitaphe gravée sur son tombeau. Depuis lors, dans ces « discours de combat » prononcés à Besançon, à Lille, un peu partout, le dialecticien s'acheva en apôtre. Sa fougue généreuse faisait songer à un autre argumentateur apostolique, à saint Paul courant de Damas en Asie Mineure, en Grèce, multipliant les controverses et les épîtres, amenant les Gentils du dieu inconnu à son Dieu connu.

Était-ce seulement, comme on l'a prétendu, un système éprouvé de doctrine logique et un incomparable outil de gouvernement que l'intellectuel autoritaire venait demander à l'Église catholique? Nous pouvons bien soulever le voile qui cachait le mystère de cette âme : c'est honorer notre ami que de montrer dans la sienne le souci commun aux plus nobles penseurs de tous les temps, l'angoisse devant le problème de la destinée. Angoisse tragique chez ce véritable contemporain des hommes de Port-Royal. Ses préférences apparentes étaient pour Bossuet : son culte profond allait à Pascal, conseiller naturel de tous ceux que torture le dilemme du terrible pari. « Brunetière ! avait dit jadis quelqu'un : on le trouvera un jour pendu devant un crucifix ! » De son propre aveu, il se tuait de travail pour ne pas sombrer dans l'abîme du désespoir métaphysique. Comme l'esprit, le cœur avait ses plaies, ses exigences, sa part dans la recherche douloureuse du grand remède. Serait-ce encore Pascal qui le mit sur la voie, avec son mot révélateur, vérifié une fois de

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