LA MORT DE FERDINAND BRUNETIÈRE
plus par le dénouement de ce drame intime? — « Console-toi : tu ne me chercherais pas, si tu ne m'avais pas trouvé. »
Liber scriptus proferetur In quo totum continetur...
Tandis que la belle prose funéraire enveloppait de sa plainte l'ami qui s'en allait au repos, nous songions que ce lecteur insatiable l'avait enfin découvert, le livre vainement cherché parmi tous les livres, celui qu'il avait rêvé d'écrire aux jours ardents des jeunes ambitions, le livre où tout est contenu ! Ne l'ayant rencontré dans aucune bibliothèque, il s'était rabattu sur l'Évangile ; il y avait trouvé la quantité de lumière et la quantité d'ombre dont l'équilibre contente une raison revenue de ses folles prétentions. Il savait que toute explication de l'univers trop complète et trop claire, fût-elle parée d'une étiquette scientifique, est décevante par sa puérilité. Résigné à faire la part de l'inconnaissable dans une synthèse qui éclairait et apaisait tous les troubles moraux de la conscience, il disait, et très sincèrement, que son intelligence trouvait enfin satisfaction dans les solutions chrétiennes où elle s'était arrêtée.
(Reçue des] Deux Mondes, 1er janvier 1907.)