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SUR LE MONT DES OLIVIERS

Mme la princesse de la Tour d'Auvergne a bâti sur la sainte montagne tout un petit centre religieux et français. Le Pater, élégant monument sur le modèle du Campo-Santo de Pise, un couvent de carmélites, d'autres constructions encore inachevées entourent le chalet où elle habite. La princesse nous y retient et veut bien se mettre au piano pour nous faire l'aumône de ce dont nous sommes sevrés depuis si longtemps, d'un peu de musique.

Tandis que les pensées chantantes de Mozart et de Schubert emplissent la petite maison, je m'assieds à la fenêtre et ne peux détacher mes yeux du spectacle sans pareil qui se déroule devant moi. Il faudrait écrire avec les larmes des prophètes pour peindre tant de beauté dans tant de désolation. D'un côté, Jérusalem tout entière, descendant des hauteurs de Sion dans les profondeurs de la vallée de Josaphat, et au premier plan de la ville la majestueuse mosquée d'Omar, exhaussée sur le mont Moriah, piédestal taillé pour le temple le plus auguste du monde ; de l'autre, les horizons funèbres et solennels dont j'ai parlé dans mes courses antérieures, la vallée du Jourdain, les montagnes de Judée et de Moab enserrant la mer Morte. Suivant les heures du jour, des gammes de couleurs éclatantes ou douces, des dégradations

de plans, des oppositions d'ombre et de lumière animent ces sombres et mornes paysages. Quand vient le soir, qui pourrait rendre avec quelques pâles gouttes d'encre le bleu lointain et charmant des monts d'Arabie, l'or rose des collines prochaines d'Engaldi et de Jéricho, l'opale du ciel, les ténèbres descendant dans les gorges, les nuances fluides et douteuses des brumes qui montent de l'eau morte, luisante et lourde comme un miroir de plomb? Et quand on aurait fixé ces insaisissables splendeurs, qui en dirait le silence, l'immobilité, la majesté souveraine et désolée?

Ce matin, le soleil était voilé, le ciel aqueux, un brouillard léger estompait les lignes comme les vagues apparences d'un rêve, comme un mirage sur la mer où dorment les villes ensevelies. Laissant errer mes regards sur les tableaux dont ma langue rebelle n'a pu rendre les éblouissements, dont mon seul souvenir sait la grâce, j'écoutais les harmonies qui s'emparent de toute l'âme à ces heures recueillies ; je pensais qu'elle aussi est une mer calme et limpide en apparence, au fond de laquelle dorment ces royaumes engloutis, les illusions, les espérances, les douleurs de la vie passée ; la musique est le vent qui la remue et fait remonter à la surface tout ce triste limon. Sans doute, lorsque ici même, dans ce jardin de Gethsémani, le Christ voulut porter en une heure suprême tout le poids des douleurs humaines, il dut, pour les sentir plus cuisantes et plus infinies, entendre les cantiques célestes que les anges chantaient à Bethléem la nuit où il naquit.

(Syrie, Palestine, Mont Athos.)

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