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ARCHITECTURE ET PEINTURE DANS LES COUVENTS DU MONT ATHOS

Dans la cour, généralement assez vaste, laissée libre entre les bâtiments, l'église conventuelle forme le noyau de cette agglomération. Elle est petite, basse et ramassée sous ses coupoles de briques. Rien ne ressemble moins à nos majestueuses cathédrales, avec leurs nefs profondes réunissant tout le peuple, leurs piliers élancés, leurs clochers ambitieux, leurs flèches aiguës : tout ce sursum corda de pierre symbolise une autre pensée religieuse, mélancolique, fuyant la terre, interrogeant le ciel ; dans l'aiguille du maçon rhénan, qui monte, perce la nue et cherche, il y a une angoisse : la réforme en descendra quelque jour. L'architecte grec ignore cette angoisse ; il est plus tranquille, plus sûr d'un Dieu qu'il a rêvé moins grand ; sans l'aller solliciter si haut, il l'attend sur la terre riante, se contentant d'élargir un peu pour le Pantocrator la basilique où ont vécu contents les Césars immortels, le iéron où ses pères adoraient Zeus. Le grand souci du maçon oriental est de cloisonner méthodiquement son vaisseau pour ne permettre l'entrée des derniers sanctuaires qu'à une initiation progressive.

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Le seul intérêt de tous ces édifices est de fixer des dates et des points de repère. On y trouverait malaisément quelque chose à louer. Déprimée, lourde et mesquine à la fois, cette architecture n'a pas une ligne franche, pas une proportion heureuse ; rien n'arrête l'œil dans les profils sinueux, fuyants, de l'extérieur, rien ne le charme dans les détails intérieurs : les colonnes et les pilastres sont trop courts pour leur diamètre, comme à toutes les basses époques ; les chapiteaux qui les terminent, renflés du bas et s'étrécissant avant de recevoir le tailloir, sont parfaitement disgracieux ; des baies trop étroites, percées en trèfle dans les absides, éclairent mal le chœur, et le narthex est plongé dans une obscurité complète. Nous ne nous étonnerons pas de cette impuissance des maçons athonites. L'architecture est l'art synthétique par excellence ; ce n'est pas le domaine des esprits analytiques et subtils. Le monument est le symbole premier-né qui traduit confusément la pensée des races neuves : plus tard, les arts de détail leur fournissent un alphabet plus étendu et plus précis. C'est dans ces arts secondaires, ce détail d'ornementation qu'il faut chercher la vraie vocation des artistes précieux que nous étudions. Leur triomphe, c'est ce monde de saints, de vierges, de docteurs et de princes qui couvrent les murs et les voûtes de ces églises, racontant les origines glorieuses et la lamentable décadence de la peinture religieuse en Orient.

Partout ailleurs, dans ce qui fut l'empire grec, la truelle de Vimam a enseveli sous un linceul de chaux les œuvres des vieux maîtres : on en est réduit à chercher dans Sainte-Sophie les vagues

contours qui transparaissent sous le crépi délité. Seul, l'Athos a été épargné ; la bienheureuse procession se déroule depuis huit siècles dans ses églises et ses réfectoires occupant des centaines de mètres carrés. Le plus grand nombre de ces compositions, il est vrai, celles d'aujourd'hui et celles d'hier, n'offrent qu'une triste reproduction des enluminures chères aux peintres grecs contemporains ; mais celles de leurs ancêtres qu'ils ont daigné respecter nous ménagent de bien joyeuses surprises. Nous sommes arrivés à la Montagne Sainte avec un certain scepticisme, pensant n'y retrouver que les roides et hiératiques squelettes entrevus dans quelques vieux monastères de Grèce et de Palestine ; au lieu de cela, une école nous est apparue, pour le moins aussi vigoureuse que sa sœur cadette d'Italie, maîtresse du rayon sacré et en illuminant des œuvres savantes et vivantes. Les vices inhérents au canon byzantin, le formalisme, la gaucherie, les incorrections de dessin, la déparent et l'entravent ; mais malgré tout il émane de ses productions une flamme de vie réelle et intelligente qu'on dirait survécue aux aïeux grecs et pieusement entretenue par ces ouvriers de la dernière heure. Ils savent que, pour porter un nimbe et se mouvoir dans un fond d'or, un saint souffre néanmoins et adore comme un autre homme : ils le lui font dire. Leurs Christ, leurs Nicolas, leurs André sont mal pris parfois : qu'importe? ils ont une âme sous leur chair, et l'on aura beau chercher, le dernier secret de l'art sera encore et toujours de mettre son âme dans son œuvre.

(Syrie, Palestine, Mont Athos.)

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