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UNE AME DE DÉSIR : CHATEAUBRIAND

C'est l'apothéose de l'Abbaye-aux-Bois que le nom de Chateaubriand évoque tout d'abord pour nos imaginations ; tant on a mis d'application à nous persuader que ce dernier attachement fut sa grande affaire intime. Mais pour connaître le secret de cette force qui lui donna l'empire intellectuel, pour trouver ce secret dans l'illimité du désir, il faut rechercher l'homme en ces années triomphales dont il garda toujours l'âpre regret, de 1800 à 1810. Chez lui aussi, le consulat valut mieux que l'empire. Grâce aux nombreuses publications qui ont précisé les aveux des Mémoires, grâce surtout aux aimables livres de M. Bardoux, on peut rétablir pour chacune de ces années le registre changeant de ses préoccupations féminines ; et parfois le registre devrait être tenu en partie double. Entre temps, il écrivait, c'est-àdire qu'il allait cueillir des bouquets de rêves et de gloire pour les déposer aux pieds de la divinité du moment. Ne le dit-il pas lui-même en partant pour son pèlerinage de Terre Sainte? « J'allais chercher des images... » et, ajoute-t-il plus tard, « et de la gloire pour me faire aimer. » Pour se faire aimer à l'Alhambra, qui était le but secret et véritable du voyage. Ce que Bonaparte avait fait pour

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