PREMIÈRE LECTURE DE « RAPHAËL
Ce fut au collège, un dimanche, à la classe de catéchisme. La leçon du jour ayant fini avant l'heure de la récréation, notre maître, un jeune prêtre breton, nous accorda une demi-heure de lecture; il dit qu'il allait nous lire une description de la Savoie, et il tira de la poche de sa soutane un mince volume : c'était Raphaël. Poussé par nos supplications et entraîné lui-même, il alla plus loin que les pages descriptives, il alla jusqu'au tiers du volume. J'entends encore cette voix chaude d'émotion combattue, qui faisait parler Julie. Que Dieu l'absolve de son imprudence, si c'en était une ; à l'âge où l'adolescent doit recevoir toute la révélation de la vie, il est de pires instructeurs que la prose d'amour de Lamartine. Quand nous sortîmes de la classe, le cercle d'horizon où le monde est enclos avait reculé à l'infini, une lumière neuve vivifiait la création ; des lambeaux de ces longues phrases souples et caressantes flottaient sur nos lèvres, nous les rejetions comme on expire un air trop brûlant, aspiré par les poumons devant une fournaise. A la première sortie, je me procurai ce livre, je l'appris par cœur. Depuis lors, je l'ai relu bien souvent sur le lac du Bourget, sous les châtaigniers de Tresserves ; pen-