‹ Pages choisiesChapitre 86 sur 141 · PORTRAIT DE WILLIAM ARCHIBALD ROBINSON · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE WILLIAM ARCHIBALD ROBINSON

ignorant de toute contradiction, avec la dureté hautaine qu'elle grave sur le front de certains princes, de certains vieux généraux; ni l'autorité ostentatoire, empruntée, du fonctionnaire ou du parvenu qui la tiennent d'un accident, d'une délégation révocable ; mais la force calme et confiante de l'homme qui la sent en soi-même, qui l'a éprouvée maintes fois dans les luttes d'où il est sorti victorieux. Un léger pli de fatigue aux commissures des lèvres trahissait seul le souvenir de ces luttes. Il n'y avait aucune fatigue dans les yeux, d'un hardi bleu de mer. Les cils rares et pâles n'en tempéraient pas l'éclat. Profondément retraités sous l'ossature proéminente des arcades sourcilières, ces yeux faisaient songer à deux oiseaux de proie aux aguets dans des trous de rocher. Du fond de ces cavités, leur regard projetait comme un faisceau de volonté enveloppante sur les objets qu'il considérait, sur ce globe terrestre où il semblait qu'un aimant le ramenât. Lorsqu'il s'y posait, les prunelles s'éclairaient d'étranges lumières ; elles s'assombrissaient par instant, emplies du trouble extatique qu'une vision de foi ou d'amour met dans les yeux du prêtre, de l'amant. Les mains de cet homme étaient remarquables : les longs doigts osseux, préhensiles, plongés dans les papiers qu'ils trituraient, se rapprochaient fréquemment avec des contractions de toutes les phalanges, comme s'ils eussent extrait de ces papiers quelque lourde et solide réalité.

(Le Maître de la mer.)

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