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IL EST DANGEREUX D EMMAILLOTER LES ENFANTS

Rousseau s'est intéressé au corps des enfants non moins qu'à leur âme. à Thygiène non moins qu'à la morale. Grâce à lui, l'usage du maillot reçut une rude atteinte ; les enfants

du premier âge lui durent d'être moins torturés. L'auteur, sur ces questions, semblait parler avec tant de sens et d'expérience S que nombre de jeunes mères lui écrivirent pour lui demander consultation.

L'inaction, la contrainte où l'on retient les membres d'un enfant, ne peuvent que gêner la circulation du sang, des humeurs, empêcher l'enfant de se fortifier, de croître, et altérer sa constitution. Dans les lieux où l'on n'a point ces précautions extravagantes, les hommes sont tous grands, forts, bien proportionnés. Les pays où l'on emmaillote les enfants sont ceux cjui fourmillent de bossus, de boiteux, de cagneux, de noués, de rachitiques, de gens contrefaits de toute espèce. De peur que les corps ne se déforment par des mouve ments libres, on se hâte de les déformer en les mettant en presse. On les rendrait volontiers perclus pour les empêcher de s'estropier.

Une contrainte si cruelle pourrait-elle ne pas influer sur leur humeur ainsi que sur leur tempérament? Leur premier sentiment est un sentiment de douleur et de peine : ils ne trouvent qu'obstacles à tous les mouvements dont ils ont besoin : plus malheureux qu'un cri minel aux fers, ils font de vains efforts, ils s'irritent, crient. Leurs premières voix, dites-vous, sont des pleurs? Je le crois bien : vous les contrariez dès leur naissance ; les premiers dons qu'ils reçoivent de vous sont des chaînes; les premiers traitements qu'ils éprouvent sont des tourments. N'ayant rien de libre que la voix, comment ne s'en serviraient-ils pas pour se plaindre? ils crient du mal que vous leur faites : ainsi garrottés, vous crieriez plus fort c|u'eux.

D'où vient cet usage déraisonnable? d'un usage dénaturé. Depuis qua les mères, méprisant leur premier devoir-, n'ont plus voulu nourrir leurs enfants, il a

1. Il n'en avait pas moins mis ses enfants aux Enfants-Trouvés, par une monstrueuse contradiction dont sa mémoire portera toujours la honte.

2. Remarquez la logique. Il suffit d'un premier devoir négligé pour que l'enfant en su bisse indéfiniment les conséquences.

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fallu les confier à des femmes mercenaires, qui, se trouvant ainsi mères d'enfants étrangers pour qui la nature ne leur disait rien, n'ont cherché qu'à s'épargner de la peine. Il eût fallu veiller sans cesse sur un enfant en liberté : mais, quand il est bien lié, on le jette dans un coin sans s'embarrasser de ses cris. Pourvu qu'il n'y ait pas de preuves de la négligence de la nourrice, pourvu que le nourrisson ne se casse ni bras ni jambe, qu'importe, au surplus, qu'il périsse ou qu'il demeure infirme le reste de ses jours? On conserve ses membres aux dépens de son corps, et, quoi qu'il arrive, la nourrice est disculpée.

Ces douces mères qui, débarrassées de leurs enfants, se livrent gaiement aux amusements de la ville, saventelles cependant quel traitement l'enfant dans son maillot reçoit au village? Au moindre tracas qui survient, on le suspend à un clou* comme un paquet de hardes; et tandis c{ue, sans se presser, la nourrice vaque à ses affaires, le malheureux reste ainsi crucifié. Tous ceux qu'on a trouvés dans cette situation avaient le visage violet ; la poitrine fortement comprimée ne laissant pas circuler le sang, il remontait à la tête, et 'on croyait le patient fort tranquille parce qu'il n'avait pas la force de crier. J'ignore combien d'heures un enfant peut rester en cet état sans perdre la vie, mais je doute que cela puisse aller fort loin. Voilà, je pense, une des plus grandes commodités du maillot. {Emile, I.)

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