‹ Pages choisiesChapitre 154 sur 202 · CRITIQUE DE NOTRE EDUCATION · texte numérisé non relu

CRITIQUE DE NOTRE EDUCATION

Je vois de toutes parts des établissements iiiiinerises, où l'on élève à grands frais la jeunesse pour lui apprendre toutes choses, excepté ses devoirs. Vos enfants ignoreront leur propre langue, mais ils en parleront d'autres qui ne sont en usage nulle part: ils sauront composer des vers qu'à peine ils pourront coni[)rendie; sans savoir démêler l'erreur de la vérité, ils posséderont l'art de les rendre méconnaissables aux autres par des arguments spécieux ; mais ces mots de magnanimité, d'équité, de tempérance, d'humanité, de courage, ils ne sauront ce que c'est; ce doux nom de patrie ne frappera jamais leur oreille; et s'ils entendent parler de Dieu, ce sera moins pour le craindre que pour en avoir peur. J'aimerais autant, disait un sage, que mon écolier eût passé le temps dans un jeu de paume, au moins le corps en serait j)lus dispos. Je sais qu'il faut occu per les enfants, et que l'oisiveté est pour eux le danger le plus à craindre. Que faut-il donc qu'ils apprennent? "Voilà certes une belle question. Qu'ils apprennent ce qu'ils doivent faire étant hommes*, et non ce qu'ils doivent oublier. {Discours sur les sciences et les arts.)

Page 1