LA PREMIERE INJUSTICE
Le séjour do Rousseau à Bossey, d'aillenrs sans grande imporlnnco, offre cependant deux anecdotes qui peignent l'auteur au vif. L'une montre le bouleversement que produit dans I"i'imc d'un enfant le ]»remier acte injuste (!onl d est
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\irlimc. — La cause, k''i;iM'c ciilic louloi^, ôLuL le l)i-is d'un peigne (le peigne de M"*' Lnmljcrcier) <|ue l'on inipulail à Rousseau
Qu'on se figure un caractère timide et docile dans la vie ordinaire, mais ardent, lier, indomi)lable dans les passions, un enfant toujours gouverné par la voix de la raison, toujours traité avec douceur, é(|uité, coml)Iaisance, cjui n'avait pas même l'idée de l'injustice, et ({ui, pour la première fois, en éprouve une si lerriijle delà part précisément des gens qu'il chérit et qu'il respecte le plus : quel renversement d'idées ! quel désordre de sentiments! quel bouleversement dans son cœur, dans sa cervelle, dans tout son petit être intelligent et moral! Je dis qu'on s'imagine tout cela, s'il est possible, car pour moi, je ne me sens pas capable de démêler, de suivre la moindre trace de ce qui se passait alors en moi.
Je n'avais pas encore assez de raison pour sentir combien les apparences me condamnaient, et pour me mettre à la place des autres. Je me tenais à la mienne; et tout ce que je sentais, c'était la rigueur d'un châtiment effroyable pour un crime que je n'avais pas commis. La douleur du corps S quoique vive, m'était peu sensible; je ne sentais que l'indignation, la rage, le désespoir. Mon cousin, dans un cas à peu près semblable, et qu'on avait puni d'une faute involontaire comme d'un acte prémédité, se mettait en fureur à mon exemple, et se montait, pour ainsi dire, à mon unisson. Tous deux dans le même lit, nous nous embrassions avec des transports convulsifs, nous étouffions ; et quand nos jeunes cœurs un peu soulagés pouvaient exhaler leur colère, nous nous levions sur notre séant, nous nous mettions cent fois à crier de toute notre force : Garni fex ! carnifex f carnifex !
Je sens en écrivant ceci que mon pouls s'élève encore ; ces moments me seront toujours présents quand je vivrais cent mille ans. Ce premier sentiment de la violence et de l'injustice est resté si profondément