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A UN JEUNE HOMME OUI PERDAIT SON TEMPS A PARIS

Voici réducallon terminée. Le jeune homme fait son entrée dans le monde. Puisse-t-iL dès les premiers pas, ne pas menacer de se dévoyer, comme Saint-Preux! Puisse-t-il surtout avoir, comme le héros de Rousseau, l'erreur courte, et telle qu'une affectueuse mercuriale du genre de celle-ci suffise à le ramener!

A vingt-un ans. vous m'écriviez du ^'alais des descriptions graves et judicieuses; à vingt-cinq, vous m'envoyez de Paris des colifichets de lettres, où le sens et

:,m LECTURES CHOISIES DE J -.1. ROUSSEAU.

Ja raison sont partout sacrifiés à un certain tour plaisant, fort éloigné devofre caractère. Je ne sais comment vous avez fait ; mais depuis que vous vivez dans le séjour des talents, les vôtres paraissent diminués; vous aviez gagné chez les paysans, et vous perdez parmi les beaux esprits. Ce n'est pas la faute du pays où vous vivez, mais des connaissances que vous y avez faites ; car il n'y a rien qui demande tant de choix que le mélange de l'excellent et du pire. Si vous voulez étudier le monde, fréquentez les gens sensés qui le connaissent par une longue expérience et de paisibles observations, non de jeunes étourdis qui n'en voient que la superficie, et des ridicules qu'ils font eux-mêmes. Paris est plein de savants accoutumés à réfléchir, et à qui ce grand théâtre en offre tous les jours le sujet. Vous ne me ferez point croire que ces hommes graves et studieux vont courant comme vous de maison en maison, de coterie en coterie, pour amuser les femmes et les jeunes gens, et mettre toute la philosophie en babil. Ils ont trop de dignité pour avilir ainsi leur état, prostituer leurs talents, et soutenir par leur exemple des mœurs qu'ils devraient corriger. Quand la plupart le feraient, sûrement plusieurs ne le font point, et c'est ceux-là que vous devez rechercher.

N'est-il pas singulier encore que vous donniez vousmême dans le défaut que vous reprochez aux auteurs comiques; que Paris ne soit plein pour vous que de gens de condition; que ceux de votre état soient les seuls dont vous ne parliez point? comme si les vains préjugés de la noblesse ne vous coûtaient pas assez cher pour les haïr, et que vous crussiez vous dégrader en fréquentant d'honnêtes bourgeois, qui sont peut-être l'ordre le plus respectable du pays où vous êtes ! Vous avez beau vous excuser sur les connaissances de mylord Edouard* : avec celles-là vous en eussiez bientôt fait d'autres dans un ordre inférieur. Tant de gens veulent monter, qu'il est toujours aisé de descendre; et, de

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