Ce mandement célèbre est du 20 août
•2. Par le mot d'im^ecles, il dé-
signe probablement Diderot, Gnmm. les ^Holbachicns et Mme d'Épinay (Éd.)
nemis? Non; laissons-leur l'avantage de porter leurs coups dans les ténèbres. Pour moi, je ne veux me défendre qu'ouvertement, et même je ne veux que me défendre. 11 suffit pour cela de ce qui est su du public, ou de ce qui i)eut Fèlre sans que personne en soit offensé.
Une chose étonnante de cette espèce, et que je puis dire, est de voir l'intrépide Christophe de Beaumont, qui ne sait plier sous aucune puissance ni faire aucune paix avec les jansénistes, devenir, sans le savoir, leur satellite et l'instrument de leur animosité; de voir leur ennemi le plus irréconciliable sévir contre moi pour avoir refusé d'embrasser leur parti', pour n'avoir point voulu prendre la plume contre les jésuites, que je n'aime pas, mais dont je n'ai point à me plaindre, et que je vois opprimés. Daignez, monseigneur, jeter les yeux sur le sixième tome de la Nouvelle Héloïse, première édition ; vous trouverez, dans la note de la page 158, la véritable source de tous mes malheurs. J'ai prédit dans cette note (car je me mêle aussi c{uelquefois de prédire) qu'aussitôt Ciue les jansénistes seraient les maîtres, ils seraient plus intolérants et plus durs cjue leurs ennemis. Je ne savais pas alors cjue ma propre histoire vérifierait si bien ma prédiction. Le fil de cette trame ne serait pas difficile à suivre à qui saurait comment mon livre a été déféré. Je n'en puis dire davantage sans en trop dire, mais je pouvais au moins vous apprendre par quelles gens vous avez été conduit sans vous en douter.
Croirait-on c{ue, cjuand mon livre n'eût point été déféré au parlement, vous ne l'eussiez point attaqué? D'autres pourront le croire ou le dire; mais vous, dont la conscience ne sait point souffrir le mensonge, vous ne le direz pas. Mon Discours sur l'Inégalité a couru votre diocèse, et vous n'avez point donné de mande ment. Ma Lellve à M. (V Alemhcrl a couru votre diocèse,
i, 11 y a beaucoup de fantaisie I seau ne raisonnera désormaisj dans celle assertion. Riais Rous- | pins de san^^-froid.
POLITIOUK ET l'OLÉMlOLE. "5
el vous n'avez point donné de mandement. La Nouvelle llèlo'ise a coui'ii votre diocèse, et vous n'avez point donné de mandement. Cependant tous ces livres, que vous avez lus, puisque vous les jugez, respirent les mêmes maximes*; les mêmes manières de penser n'y sont pas plus déguisées : si le sujet ne les a pas rendues susceptibles du même développement, elles gagnent en force ce qu'elles perdent en étendue, et l'on y voit la profession de foi de l'auteur exprimée avec moins de réserve que celle du Vicaire savoyard. Pourquoi donc n'avez-vous rien dit alors? Monseigneur, votre troupeau vous était-il moins cher? me lisait-il moins? goûtait- il moins mes livres? était-il moins exposé à l'erreur? Non; mais il n'y avait point alors de jésuites à proscrire-; des traîtres ne m'avaient point encore enlacé dans leurs pièges; la note fatale n'était point connue, et, quand elle le fut, le public avait déjà donné son suffrage au livre. Il était trop tard pour faire du bruit; on aima mieux différer, on attendit l'occasion, on l'épia, on la saisit, on s'en prévalut avec la fureur ordinaire aux dévots; on ne parlait que de chaînes et de bûchers; mon livre était le tocsin de l'anarchie et la trompette de l'athéisme; l'auteur était un monstre à étouffer; on s'étonnait qu'on l'eût si longtemps laissé vivre. Dans cette rage universelle, vous eûtes honte de garder le silence : vous aimâtes mieux faire un acte de cruauté que d'être accusé de manquer de zèle, et servir vos ennemis que d'essuyer leurs reproches. Voilà, monseigneur, convenez-en, le vrai motif de votre mandement; voilà, ce me semble, un concours de faits assez singuliers pour donner à mon sort le nom de bizarre.