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Qu'en sait Rousseau? Autant de mots, autant d'hypothèses

±. Il y a donc une inégalité naiuveUe^ Mais alors que devient

la théorie de Rousseau ? Que dire de ces hommes tous • libres, sains, bons et heureux • de la page précédente? Utopie et contradiction.

IIG LECTURES CHOISIES DE .l.-.I. ROUSSEAU.

Voilà donc toutes nos facultés développées, la mémoire et rimai>-ination enjeu, l'amour-propre intéressé, la raison rendue active, et l'esprit arrivé presque au terme de la perfection dont il est susceptible. Voilà toutes les qualités naturelles mises en action, le rang et le sort de chaque homme établis, non seulement sur la quantité des biens et le pouvoir de servir ou de nuire, mais sur l'esprit, la beauté, la force ou l'adresse, sur le mérite ou les talents; et ces qualités étant les seules qui pouvaient attirer de la considération, il fallut bientôt les avoir ou les affecter. Il fallut, pour son avantage, se montrer autre que ce qu'on était en effet. Etre et paraître devinrent deux choses tout à fait différentes; et de cette distinction sortirent le faste imposant, la ^ ruse trompeuse, et tous les vices qui en sont le cortège. D'un autre côlé, de libre et indépendant qu'était auparavant l'homme, le voilà, par une multitude de nouveaux besoins, assujetti pour ainsi dire à toute la nature, et surtout à ses semblables, dont il devient l'esclave en un sens, même en devenant leur maître : riche, il a besoin de leurs services ; pauvre, il a besoui de leur secours, et la médiocrité ne le met point en état de^e passer d'eux. Il faut donc qu'il cherche sans cesse à les intéresser à son sort, et à leur faire trouver, en effet ou en apparence, leur profit à travailler pour le sien : ce qui le rend fourbe et artificieux avec les uns, impérieux et dur avec les autres, et le met dans la nécessité d'abuser tous ceux dont il a besoin quand il ne peut s'/éjf faire craindre, et cm'it ne trouve pas son intérêt à les servir utilement. Enfin l'ambition dévorante, l'ardeur d'élever sa fortune relative, moins par un véritable besoin que pour se mettre au-dessus des^ autres, inspire à tous les hommes un noir pei:^hant à se nuire mutuellement, une jalousie secrète d'autant plus dangereuse, que, pour faire son coup plus en sûreté, elle prend souvent le masque de la bienveillance; en un mot, concurrence et rivalité d'une part, de l'autre opposition d'intérêts, et toujours le désir caché de faire son profit aux dépens d'autrui : lous ces maux sont le

premier effet de la propriété et le cortège inséparable de rinégalité naissante'. (Discours sur Cinegalitc.)

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