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Rousseau se trompe ou il a bien mauvaise mémoire

2. Rousseau ne s'est pas borné à établir ce point. Il a prétendu

que les lettres elles-mêmes sont la grande cause de la corruption.

Il le soutient, même quand il se disculpe, une pa^e plus bas.

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à mesure que le goût de 1 élude et des lettres s'est, étendu parmi eux.

Ce n'était })as assez; car, sans pouvoir nier que ces choses eussent toujours marché ensemble, on pouvait niei' rjue lune eût amené lautre : je mapplifjuai donc à montrer cette liaison nécessaire. Je lis voir que la source de nos erreurs sur ce point vient de ce que nous confondons nos vaines et trompeuses connaissances avec la souveraine Intelligence qui voit d'un coup d'œil la vérité de toutes choses. La science^jji-ise d'une niani^ère abstraite, niérite toute notre admiration. La folle science des hommes n'est digne que de risée et de mépris'.

[Une fols jeté dans cette voie de traverse, Rousseau se' livre à son développement favori sur les lettres, indices de corruption, et destructrices de tous nos devoirs. Il conclut enfin, non sans artifice :]

Mais quand un peuple est une fois corrompu à un certain point, soit que les sciences y aient contribué ou non, faut-il les bannir ou l'en préserver, pour le rendre meilleur, ou pour l'empêcher de devenir pire? C'est une autre question, dans laquelle je me suis positivement déclaré pour la négative. Car premièrement, pui^ujin peup]e vicieux ne' revient jamais à la vertu, il ne s'agit pas de rendre bons ceux c{ui ne le sont plus, maisde conservertels ceux qui ont lebonheurde létre. En second lieu, les mêmes causes, qui ont Corrompu les peuples, servent quelquefois à prévenir une plus grande corruption. C'est ainsi que celui qui s'est gâté le tempérament par un usage indiscret de la médecine, est forcé de recourir encore aux médecins pour se conserver en vie. et c'est ainsi que les arts et les sciences, après avoir fait éclore les vices, sont nécessaires pour les empêcher de se tourner en crimes; elles les couvrent au moins d'un vernis qui ne permet pas

1. Pure échappatoire. Rousseau i mérite noire admiration, et qui,

n a'pas fait ce di'.s/ni 9>io dans ses | ctiez les hommes, mérite notre

Discours. Et d'ailleurs, qu'est-ce j mépris? Connaissons-nous de

que cette science, qui. abstraite, [ science autre qu'/i!/Ȕai?ie ?

au poison de s'exhaler aussi librement'. Elles détruisent la vertu, mais elles en laissent le simulacre public, qui est toujours une belle chose. Elles introduisent à sa place la politesse et les bienséances, et, à la crainte de paraître méchant, elles substituent celle de paraître ridicule.

Mon avis est donc, et je l'ai déjà dit plus d'une fois, de laisser subsister, et même d'entretenir avec soin les académies, les collèges, les universités, les bibliothèques, les spectacles, et tous les autres amusements qui peuvent faire diversion à la méchanceté des hommes, et les empêcher d'occuper leur oisiveté à des choses plus dangereuses. Car dans une contrée où il ne serait plus question d'honnêtes gens, ni de bonnes mœurs, il vaudrait encore mieux vivre avec des fripons qu'avec des brigands.

Je demande maintenant où est la contradiction de cultiver moi-même des goûts dont j'approuve le progrès? {Narcisse, comédie. Préface.)

LETTRE D UN SYMPHONISTE DE L OPERA A SES CAMARADES DE l'oRGHESTRE.

Rousseau, adversaire de la musique française, eut aux yeux des musiciens de l'Opéra le tort de réussir à la cour avec le Devin du village, écrit dans le style italien. (Voir plus haut, p. 61.) — De là, quand ceux-ci durent jouer l'ouvrage à leur tour, toutes sortes de difficultés : mauvais vouloir des artistes, mauvaise humeur chez l'auteur, paroles aigres, facturas, etc. Cette Lettre est une plaisanterie assez caustique de Rousseau, qui ne lui fut pas pardonnée. On lui retira ses entrées à l'Opéra.

Enfin, mes chers camarades, nous triomphons ; les bouffons sont renvoyés : nous allons briller de nouveau dans les symphonies de M. Lulli^, nous n'aurons plus si chaud à l'Opéra, ni tant de fatigue à l'orchestre. Convenez, messieurs, que c'était un métier pénible que celui

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