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Ami de Rousseau

cences, les interruptions, les discours entrecoupés qui font le langage des passions impétueuses, que le bouillant Métastase a enq)loyé si souvent, que les Porpora. les Galuppi, les Cocchi, les Jumella, les Ferez, les Terradeglias ont su rendre avec succès, et que nos poètes lyriques connaissent aussi peu que nos musiciens.

Le troisième avantage, et celui qui prête à la mélodie son plus grand effet, est rextréme précision de mesure qui s'y fait sentir dans les mouvements les plus lents, ainsi que dans les plus gais : précision qui rend le chant animé et intéressant, les accompagnements vifs et cadencés, qui multiplie réellement les chants, en faisant d'une même combinaison de sons autant de différentes mélodies qu'il y a de manières de les scander ; qui porte au cœur tous les sentiments, et à l'esprit tous les tableaux, qui donne au musicien le moyen de mettre en airs tous les caractères de paroles imaginables, plusieurs dont nous n'avons pas même l'idée, et qui rend les mouvements propres à exprimer tous les caractères ou un seul mouvement propre à contraster et changer de caractère au gré du compositeur. Voilà, ce me semble, les sources d'où le chant italien tire ses charmes et son énergie. A quoi l'on peut ajouter une nouvelle et très forte preuve de l'avantage de sa mélodie, en ce qu'elle n'exige pas autant que la nôtre de ces fréquents renversements d'harmonie qui donnent à la basse continue le véritable chant d'un dessus. Ceux qui trouvent de si grandes beautés dans la mélodie française devraient bien nous dire à laquelle de ces choses elle en est redevable, ou nous montrer les avantages qu'elle a pour y suppléer.

Quand on commence à connaître la mélodie italienne, on ne lui trouve d'abord que des grâces, et on ne la croit propre qu'à exprimer des sentiments agréables ; mais pour peu qu'on étudie son caractère pathétique et tragique, on est bientôt surpris de la force que lui prête l'art des compositeurs dans les grands morceaux de musique. C'est à l'aide de ces modulations savantes,

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de celle harmonie simple el pure, de ces accomijagnements vifs et brillants, c{ue ces chants divins déchirent ou ravissent Uàme, mettent le spectateur hors de luimême, et lui arrachent, dans ses transports, des cris dont jamais nos tranquilles 0})éras ne furent honorés. Comment le musicien vient-il à bout de i)roduire ces grands effets? Est-ce à force de contraster les mouvements, de multiplier les accords, les notes, les parties? Est-ce à force d'entasser, dessins sur dessins, instruments sur instruments? Tout ce fatras qui n"est qu'un mauvais supplément où le génie manque, étoufferait le chant loin de l'amener, et détruirait l'intérêt en partageant Tattention. Quelque harmonie que puissent faire ensemble plusieurs parties toutes bien chantantes, l'effet de ces beaux chants s'évanouit aussitôt qu'ils se font entendre à la fois, et il ne reste que celui d'une suite d'accords qui, quoi c^u'on puisse dire, est toujours froide quand la mélodie ne l'anime pas ; de sorte que plus on entasse des chants mal à propos, et moins la musique est agréable et chantante ; parce qu'il est impossible à l'oreille de se prêter au même instant à plusieurs mélodies, et que, l'une effaçant l'impression de l'autre, il ne résulte du tout que de la confusion et du bruit. Pour qu'une musicjue devienne intéressante, pour qu'elle porte à l'àme les sentiments c^u'on y veut exciter, il faut que toutes les parties concourent à fortifier l'expression du sujet ; que l'harmonie ne serve qu'à le rendre plus énergique ; c|ue l'accompagnement l'embellisse sans le couvrir ni le défigurer ; que la basse, [)ar une marche uniforme et simple, guide en quelque sorte celui cjui chante et celui qui écoute, sans que ni l'un ni l'autre s'en aperçoive ; il faut, en un mot. que le tout ensemble ne porte à la fois qu'une mélodie à l'oreille et qu'une idée à l'esprit.

Cette unité de mélodie me paraît une règle indispensable et non moins importante en musique que l'unité d'action dans une tragédie ; car elle est fondée sur le même principe et dirigée vers le même objet. Aussi tous les bons compositeurs italiens s'y conforment-ils

avec un soin qui dégénère quelquefois en affectation; et, pour peu qu'on y réfléchisse, on sent bientôt que c'est d'elle que leur musique tire son principal effet. {Lettre sur la 7nusique française.)

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