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PORTRAIT DE L ABBE DE BOUFFLERS

Le chevalier de Boufllers (l"57-1815). d'abord abbé, puis colonel de hussards, est le type du gentilhomme sémillant, impertinent et galant, tel qu'on le connut en France sous l'ère de M"* de Pompadour. Il n'eut pas l'esprit de mourir à temps, et vit (de quel œil, faut-il le dire?) la révolution et l'empire. II était de l'Académie française, naturellement. (Voir sur lui de jolies pages dans Saint-Marc Girardin, J.-J. Rousseau, tome II.)

M. l'abbé de Boufflers. jeune homme aussi brillant qu'il soit possible de l'être, ne me parut jamais bien disposé pour moi; et non seulement il est le seul de la société de M"* la maréchale * qui ne m'ait jamais marqué la moindre attention, mais j'ai cru m'apercevoir qu'à tous les voyages qu'il fît à Montmorency je perdais quelque chose auprès d'elle ; et il est vrai que, sans même qu'il le voulût, c'était assez de sa seule présence, tant la grâce et le sel de ses gentillesses appesantissaient encore mes lourds spropositi. Les deux premières années, il n'était presque pas venu à Montmorency; et, par l'indulgence de M""^ la maréchale. je m'étais passablement soutenu: mais sitôt qu'il parut un peu de suite, je fus écrasé sans retour. J'aurais voulu me réfugier sous son aile, et faire en sorte qu'il me prît en amitié ; mais la même maussaderie qui me faisait un besoin de lui plaire m'empêcha d'y réussir; et ce que je fis pour cela maladroitement acheva de me perdre auprès de M™' la maréchale, sans m'être utile auprès de lui. Avec autant d'esprit, il eût pu réussir à tout; mais l'impossibilité de s'appliquer et le goût de la dissipation ne lui ont permis d'acquérir que des demi-talents en tout genre. En revanche, il en a beaucoup, et c'est tout ce qu'il faut dans le grand monde, où il veut briller. Il fait très bien de petits

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