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PORTRAIT DE M'"^ DE LUXEMBOURG

(Voir Rousseau chez M. et il/""^ de Luxembourg.)

Je craignais excessivement M""= de Luxembourg. Je savais qu'elle était aimable. Je l'avais vue plusieurs fois au spectacle, et chez M™" Dupin, il y avait dix ou douze ans, lorsqu'elle était duchesse de Boufflers', et qu'elle brillait encore de sa première beauté. Mais elle passait pour méchante ; et, dans une aussi grande dame, cette réputation me faisait trembler. A peine Feus-je vue que je fus subjugué. Je la trouvai charmante, de ce charme à l'épreuve du temps, le plus fait pour agir sur mon cœur. Je m'attendais à lui trouver un entretien mordant et plein d'épigrammes. Ce n'était point cela, c'était beaucoup mieux. La conversation de M""" de Luxembourg ne pétille pas d'esprit. Ce ne sont pas des saillies, et ce n'est pas même proprement de la finesse; mais c'est une délicatesse exquise, qui ne frappe jamais, et qui plaît toujours. Ses flatteries sont d'autant plus enivrantes qu'elles sont plus simples; on dirait qu'elles lui échappent sans qu'elle y pense, et que c'est son cœur qui s'épanche, uniquement parce qu'il est trop rempli. Je crus m'apercevoir, dès la première visite, que, malgré mon air gauche et mes lourdes phrases, je ne lui déplaisais pas. Toutes les femmes de la cour savent vous persuader cela, quand elles veulent, vrai ou non; mais toutes ne savent pas, comme M"" de Luxembourg, vous rendre cette persuasion

1. Elle avait épousé en 17'21, à quatorze ans, le duc de Boufflers.

— Celui-ci mouruten 1747. — Elle épousa le maréchal de Luxem-

bourg en 1730. Elle parut avec éclat à la cour, et son salon fut célèbre et très recherché jusqu'à sa nort (1787).

si douce qu'on no s'avise plus d'en vouloir douter, (Confessions, II, x.)

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