Le Irait est un peu de'clamo Loire
IGO
tragédie ? Je dis plus : il ny serait pas moins déplacé s'il imitait quelque chose, parce que, de toutes les unités, il n'y en a point de plus indispensable que celle du langage : et un opéra où l'action se passerait moitié en chant, moitié en danse, serait plus ridicule encore que celui où l'on parlerait moitié français, moitié italien ^ {Co7i fessions. II. xxiii.)
LES DESŒUVRES.
Selon moi le désœuvrement n'est pas moins le fléau de la société que celui de la solitude. Rien ne rétrécit plus l'esprit, rien n'engendre plus de riens, de rapports, de paquets, de tracasseries, de mensonges, que d'être éternellement renfermés vis-à-vis les uns des autres dans une chambre, réduits pour tout ouvrage à la nécessité de babiller continuellement. Quand tout le monde est occupé, l'on ne parle que quand on a quelque chose à dire; mais quand on ne fait rien, il faut absolument parler toujours; et voilà de toutes les gênes la plus incommode et la plus dangereuse. J'ose même aller plus loin, et je soutiens que pour rendre un cercle vraiment agréable il faut non seulement que chacun y fasse quelque chose, mais quelque chose cjui demande un peu d'attention. Faire des nœuds ^ c'est ne rien faire, et il faut tout autant de soin pour amuser une femme qui fait des nœuds c]ue celle qui tient les bras croisés. Mais quand elle brode, c'est autre chose ; elle s'occupe assez pour remplir les intervalles du silence. Ce qu'il y a de choquant, de ridicule, est de voir pendant ce temps une douzaine de flandrins se lever, s'asseoir, aller, venir, pirouetter sur leurs talons, retourner deux cents fois les magots de la cheminée, et fatiguer leur Minerve à maintenir un intarissable flux de paroles : la belle occupation ! Ces gens-là, quoi qu'ils
1. On reconnaît dans celle critique de l'opéra français quelques-unes des idées de Rousseau
sur ce que devait être, d'après lui un drame musical, ii. Celait alors la mode.
LA SOCIETE ET LES MŒURS. IHl
àssent, seront toujours à charge aux autres et à euxnèmes. Quand j'étais à Motiers, j'allais faire des lacets liez mes voisines; si je retournais dans le monde, 'aurais toujours dans ma poche un bilboquet, et j'en ouerais toute la journée pour me dispenser de parler [uand je n'aurais rien à dire. Si chacun en faisait lUtant, les hommes deviendraient moins méchants, eur commerce deviendrait plus sur, et, je pense, plus igréable. Enfin, que les plaisants rient, s'ils veulent, nais je soutiens que la seule morale à la portée du )résent siècle est la morale du bilboquet. {Conf.,\. \.)