‹ Pages choisiesChapitre 96 sur 202 · LA « TOILETTE · texte numérisé non relu

LA « TOILETTE

Les femmes du monde recevaient alors à leur « toilette », comme le roi à son grand lever. — De là le commentaire caustique de Rousseau :

L'abus de la toilette n'est pas ce cju'on pense; il vient bien plus d'ennui que de vanité. Une femme qui passe six heures à sa toilette n'ignore point cju'elle n'en sort pas mieux mise que celle qui n'y passe C{u"une demiheure; mais c'est autant de pris sur l'assommante longueur du temps, et il vaut mieux s'amuser de soi que de s'ennuyer de tout. Sans la toilette, que ferait-on de la vie depuis midi jusqu'à neuf heures? En rassemblant des femmes autour de soi on s"amuse à les impatienter, c'est déjà quelque chose; on évite les tête-à-tête avec un mari qu'on ne voit qu'à cette heure-là, c'est beaucoup plus : et puis viennent les marchandes, les brocanteurs, les petits messieurs, les petits auteurs, les vers, les chansons, les brochures : sans la toilette on ne réunirait jamais si bien tout cela. Le seul [)rofit réel qui tienne à la chose est le prétexte de s'étaler un peu

plus que quand on est vêtue ; mais ce profit n'est peutêtre pas si grand qu'on pense, et les femmes à toilette n'y gagnent pas tant qu'elles diraient bien. Donnez sans scrupule une éducation de femme aux femmes, faites qu'elles aiment les soins de leur sexe, qu'elles aient de la modestie, qu'elles sachent veiller à leur ménage et s'occuper dans leur maison ; la grande toilette tombera d'elle-même, et elles n'en seront mises que de meilleur goût. {Emile, iv.)

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