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LA OH À RIT É FÉMININE

sais que vous aimoriez que ce fiU vrai. Vous penseriez que c'est une de^licieuso mas^ie (jiio la puissance d'épanouir plus richement la floraison de vos Heurs par un re^jard de Dontë jetë sur ell(»s. Mieux encore, si votre regard avait le pouvoir non seulement de les rejouir, mais de les prot(5ger, si vous pouviez ordonner à la noire nielle de rebrousser chemin et à la chenille annolee de faire grâce ; — si vous pouviez ordonner à la rosée de tomber sur elles dans la sécheresse et dire, dans les frimas, au vent du Sud : « Viens, vent du Sud, et souffle sur mon jardin, afin que ses aromates s'exhalent! » — ce serait une grande chose, pensezvous ? Et ne pensez-vous pas que ce serait une chose plus grande encore si vous pouviez faire tout cela (et beaucoup plus que cela!) pour des fleurs plus belles que ces fleurs, pour des fleurs qui pourraient vous bénir de les avoir bénies et qui vous aimeraient de les avoir aimées ; des fleurs qui ont des pensées comme les vôtres, et qui, une fois sauvées, seraient sauvées pour toujours? Est-ce, là, un faible pouvoir ? Au loin, parmi les landes et les rochers, au loin dans Fombre des rues terribles, gisent ces faibles fleurettes, leurs fraîches feuilles déchirées, leurs tiges brisées. Ne

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descendrez-vousjamaisj pour les bien arranger dans leurs petites couches odorantes, pour les abriter, toutes tremblantes, du vent cruel? Les matins succéderont-ils aux matins, pour vous mais non pour elles ? L'aube se lèverat-elle pour éclairer, au loin, ces frénétiques Danses des Morts? Et aucune aube ne se lèvera-t-elle pour rafraîchir de son souffle ces talus vivants de violettes sauvages, et de chèvrefeuille et de roses? Ni pour vous appeler, par la fenêtre (ne vous donnant pas le nom de la Dame du poète anglais, mais le nom de la grande Mathilde du Dante, qui, sur le bord de rheureux Léthé, se tenait, tressant fleurs avec fleurs) — vous disant :

Viens dans le jardin, Maud,

Car cette chauve-souris noire, la nuit, s'est envolée*

Et le chèvrefeuille répand ses parfums,

Et le musc des roses est dans Tair (1).

Ne descendrez-vous point parmi elles ? parmi ces douces choses vivantes d ont le jeune courage jailli de la terre, en portant la couleur intense du ciel, fait monter la vigueur de joyeux épis, et dont la pureté, lavée de la poussière, s'ouvre, bouton par bouton, pour devenir la fleur de

(l) Aubade très connue de Tennyson, dans son poème « Maud », souvent mise en musique et classique en Angleterre

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la promesse, — et se (oiirnaiit encore vers vous et pour vous, « lo pied d'alouette clmchote : j'entends, j'entends, et le lys murmure : j'attends ».

Avez- vous remarqué que j'ai passe deux lignes quand je vous ai lu cette première stance et pcmsez-vous (jue je les aie oubliées? Maintenant écoutez-les :

Viens dans le jardin, Maud,

Car cette chauve-souris noire, la nuit, s*eit envolée.

Viens dans le jardin, Maud,

Me voici à la porte, tout seul.

Qui est-ce, pensez-vous, qui se tient seul à la porte d'un jardin plus doux encore, vous attendant? Avez-vous jamais entendu parler non d'une Maud, mais d'une Madeleine, qui descendit à son jardin, à l'aurore, et trouva quelqu'un à la porte, qu'elle supposa être le jardinier? Ne l' avez-vous pas cherché souvent, Lui, cherché en vain, tout le longde lanuit, cherché en vain à la porte de cet ancien jardin oii l'épée enflammée est plantée ? Il n'est jamais là, mais à laporte de ce jardin-ci, il attendtoujours, — il attend de vous prendre par la main, prêt à vous mener voiries fruits de la vallée, voir si la vigne a fleuri et si les grenades ont bourgeonné. Là, vous verrez, avec Lui, les petites

vrilles de la vigne que sa main dispose; là, vous verrez pousser les grenades où sa main a laissé tomber la graine couleur de sang, — plus encore, vous verrez les cohortes des anges gardiens qui, des battements de leurs ailes, écartent les oiseaux affamés des champs qull a ensemencés. Et vous les entendrez se crier les uns aux autres, à travers les rangées des vignes : « Emparons-nous des renards, des petits renards qui pillent les vignes, parce que tendres sont les raisins de nos vignes ! »

Oh I reines que vous êtes — ô reines, — parmi les collines et les tranquilles bosquets verts de ce pays qui est le vôtre, les renards auront-ils des terriers et les oiseaux de Tair des nids? Et, dans vos villes, les pierres témoigneront-elles contre vous qu'elles sont les seuls oreillers où le Fils de THomme puisse reposer sa tête?

(Sésame et les Lys,)

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