VI INTRODUCTION
et qui lui demandait quel fond il voulait à son portrait^ il répondait : « Des collines bleues, » A douze ans, il s'appliquait à dessiner d'après nature et d'après les gravures de Turner et de Prout, Puis il travaillait avec Vhahile aquarelliste Harding. Son adolescence austère et solitaire, sevrée de plaisirs, s'exaltait de plus en plus à la vue des merveilles de la nature et de l'art. Son éducation, toute biblique, l'inclinait à voir, en chaque chose qu'il admirait, un signe divin. Toutefois, les joies de la contemplation ne le détournaient point des fortes études scientifiques. Botanique, géologie, histoire naturelle, étaient si familières au jeune John Ruskin que, dès l'âge de quinze ans, il envoyait au Magazine d'Histoire Naturelle des mémoires sur « les couches géologiques dans les Alpes » et sur « les causes de la couleur des eaux du Rhin ». Serait-il un artiste ou un savant? On n'aurait su le dire, mais l'adolescent faisait prévoir, en l'homme, un rare et enthousiaste observateur. C'est, en effet, un artiste et un savant qui joignirent leur voix dans les premières paroles que fit entendre Ruskin, en 1843, à vingtquatre ans : les Peintres Modernes, mais c'est aU'Ssi un styliste incomparable et une sorte
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de musicien de la prose anglaise, c^est-à-dlre d'une langue où le style est difficile et la mélodie hasardeuse. Ce premier i^olume d'un ouvrage qui datait en comporter cinq et paraître depuis 1843 jusqu'en 1860, était signé « Un gradué d'Oxford », de cette université où le jeune écrivain avait, en effet, étudié et pris ses grades. Mais l'ouvrage était consacré à un sujet bien peu familier alors aux universités et fort rare dans toutes les littératures : à l'étude du Paysage, du paysage tel qu'il est dans la Nature^ puis tel que l'ont interprété les paysagistes anciens et enfin le plus grand des paysagistes modernes : Turner.
Joseph Mallord William Turner (1775- 1851), l'extraordinaire artiste qui peut être considéré comme le créateur du paysage contemporain, était alors fort discuté en Angleterre. Le jeune Ruskln, au cours de ses voyages^ avait noté que Turner se rapprochait de la Nature beaucoup plus que les classiques, les Claude Lorrain, les Canaletti et les autres paysagistes anciens qui lui étaient préférés. Pour démontrer la supériorité de Turner, il écrivit un chapitre : Turner et les Anciens, ei cela devint un volume. Le succès fut immédiat et immense. La nouveauté des points de vue^