VIII INTRODUCTION
le lyrisme de Vémotion, Véclat d'une langue souple, imagée, musicale, nette et coupante quand il le faut, conquirent, d'emblée, nombre de lecteurs qui, jusque-là, n'aidaient jamais eu Vidée d'ouvrir un livre d'art ou d'esthétique. Tennyson, Rogers, Charlotte Bront'é [Currer Bell), bien d'autres encore applaudirent. Charlotte Bront'é disait : « C'est comme si l'on nous donnait de nouveaux yeux ! » Et de ce jour data, en littérature, la création d'un genre nouveau.
Ce genre, John Ruskin le porta au plus haut degré de perfection dans les quatre volumes des Peintres Modernes qui suivirent et qui forment, encore aujourd'hui, comme une Bible du paysagiste. C'est un hymne à la Beauté de la Nature, de ses montagnes, de ses océans, de ses lacs, de ses arbres et de ses fleurs, où la minutieuse analyse des formes et des couleurs de chaque chose alterne continuellement avec les grandes vues d'ensemble, et où le désir de lire, en chaque morceau de pierre ou feuille d'arbre, un enseignement pour la conduite de la vie, s'allie à l'observation des lois génératrices de la Beauté.
Mais la Nature n'est pas seule à construire de beaux monuments ; l'homme en a construit
INTRODUOTION IX
aussi. Le jeune esthéticien voulut savoir à quelles conditions les monuments du passé : cathédrales, palais, châteaux, ont pu être édifiés, et II écrivit, coup sur coup, deux œuvres d'une égale nouveauté : Les sept Lampes de rArchitecture et les Pierres de Venise. Dans le premier, c'est V Évangile des vertus sociales^ qu'il faut à un peuple pour créer de beaux monuments. Dans le second, c'est la preuve de cet Évangile, faite par l'histoire de Venise, qui fut grande par ses armes et par son art, tant qu'elle le pratiqua, et tomba, quand elle l'oublia, dans une irrémédiable décadence.
Que doit être l'ouvrier ? Que doit être la société? Que doit être l'artiste? — s'ils veulent bâtir des merveilles comme l'ancienne Venise. — Voilà des thèses que l'Angleterre n'avait jamais entendues. Carlyle écrivit alors : « Etrange, « inattendu, et je crois très vrai et très excellent, « ce sermon des pierres, aussi bien que le meiliileur morceau de traité d'architecture ! L'es- « prit et la portée de ces études sont pour moi « un singulier signe des temps et vraiment un « signe bienfaisant. C'est, de tous points, une « nouvelle Renaissance ! » — Et bien plus tard, une génération nouvelle étant venue, en 1892, William Morris, le grand artiste qui renouvela