INTRODUCTION XXXI
anglaise qui fit rendre à la langue dont il usa des effets de souplesse et d'éclat inconnus jusqu'à lui. « Ni Milton, a dit un grand critique anglais, ni Browne, ni Jeremy Taylor, ne furent jamais complètement maîtres de ce puissant instrument. Ruskin, qui est venu après deux siècles de continuel progrès dans cet art, est le maître du subtil outil de la prose, et il a réalisé, dans cette rare et périlleuse gageure, quelques éblouissants triomphes de style, tels que rien ne les égale dans toute l'histoire de notre littérature (1). » — Net et clair comme un cristal taillé lorsqu'il expose ou démontre, il déifient ondoyant et multiforme comme une vague, lorsqu'il veut pénétrer et entraîner. Mais jamais il ne cesse d'être présent sous le voile des mots, agissant et vivant. Sa phrase, qui est fée, se modèle sur son concept qui est Protée. Elle change comme il change, se creuse quand il se creuse, se nuance là où il se nuance, grandit s'il grandit. Ce sont les plis de la tunique grecque tremblotante et lumineuse, — telle la nappe liquide qui drape une vasque, — révélatrice du moindre geste et sans autre forme que la forme qu'il a dictée.
(1) Frédéric Harrison. « Ruskin as rnaster of prose ».