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LE PRINTEMPS DANS LE JURA

lignes (l'une houle garnissante qui viennent du fond d'une mer orageuse troubler des eaux tranquilles.

Une profonde tendresse imprègne cette vaste monotonie ; les forces destructives et l'expression refrognée des chaînes centrales s'en sont pareillement allées. Aucun sentier tracé par d'anciens glaciers, buriné par les gelées, encombré de débris, ne ravine les moelleux pâturages du Jura ; aucune ruine de pierres éclatées n'interrompt les belles rangées de sa forêt ; aucun torrent blafard, boueux ou furieux, n'improvise son lit brutal et capricieux parmi les roches. Patiemment, remous par remous, les courants verts et clairs serpentent le long de leurs rives accoutumées, et, sous le calme sombre de leurs pins que rien ne trouble, surgit une réunion de fleurs joyeuses telle que je n'en connais pas de semblable parmi toutes les bénédictions de la terre.

C'était le printemps aussi, et toutes les fleurs se répandaient en grappes serrées comme par amour; il y avait de la place assez pour toutes, mais elles écrasaient leurs feuilles selon toutes sortes de formes étranges, uniquement afin d'être plus près les unes des

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autres. Il y avait, là, ranémone des bois, ëtoile par étoile^ s'achevant à tout moment en nébuleuses, et il y avait les oxalis^ troupes par troupes, comme les processions virginales du mois de Marie. Les sombres fentes verticales du calcaire étaient bouchées par ces fleurs comme par une neige épaisse et bordée de lierre, sur ses arêtes, — d'un lierre léger et adorable comme de la vigne ; et, de temps en temps, un jaillissement bleu de violettes et . aux endroits ensoleillés, les clochettes des coucous, et sur un terrain plus découvert, la vesce, la consoude et le bois gentil et les petits bourgeons de saphir du polygala alpina^ et la fraise sauvage, juste une fleur ou deux, tout cela noyé dans le velouté doré d'une mousse épaisse, chaude et couleur d'ambre. J'arrivai à ce moment sur le bord du ravin ; le murmure solennel de ses eaux monta soudainement d'au-dessous de moi mêlé au chant des grives dans les branches des pins, et sur le côté opposé de la vallée, fermée tout le long comme par un mur gris de rochers de calcaire, il y avait un faucon, qui s'envolait lentement de leurs sommets, les touchant presque de ses ailes, et avec les ombres projetées d'en haut par les sapins, vacillant sur son

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