LE PRINTEMPS DANS LE JURA I
pluinnp;o ; niais avec une profondeur de cent brasses sous sa poitrine et les courants ondoyants de la verte rivière glissant et ëtincelant vertiginous( ment au-dessous de lui, les globes d'écume de Teau courant dans le même
sens que le vol de Toiseau
11 serait difficile d'imaginer un spectacle où rintërét dépendît autant de sa pure beauté sérieuse et solitaire. Mais Tauteur se rappelle bien le vide brusque qui se fit et le froid qui, soudain 5 l'envahit, lorsqu'afin de découvrir plus exactement les soures mêmes de son impression, il s'efTorça de se l'imaginer, pour un moment, comme un spectacle vu dans quelque forêt aborigène du Nouveau-Monde. En un instant les Heurs perdirent leur éclat, la rivière sa musique ; les collines devinrent d'une désolation oppressive ; une pesanteur ressentie dans les branches de la forêt assombrie montra dans quelle mesure la puissante impression qu'elles faisaient tout à l'heure tenait à la présence d'une vie autre que la leur, et à quel point la gloire de la création qui ne périt jamais ou continuellement se renouvelle, provient de choses plus précieuses par leur souvenir qu'elle n'est elle-même par son renouveau. Ces fleurs, à jamais jaillissantes et
tO PAGES CHOISIES DE RUSKIN
ces cours d'eau qui coulent toujours avaient été teintés des profondes couleurs de Tendurance, du courage et de la vertu des hommes, et les cimes noires des montagnes qui surgissaient contre le ciel du soir étaient l'objet d'un culte plus profond parce que leurs lointaines ombres tombaient à l'est sur le mur de fer du fort de Joux et le donjon carré de Granson.
{Les Sept Lampes de V Architecture.)