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LA SPLENDEUR DE VENISE

Voulant montrer comment se formèrent Timagînatîon et le sens de la couleur chez un grand coloriste, Giorgione (1 478- 1511), Ruskin évoque la nature que ce peintre eut sous les yeux, dès son enfance. George des George (Giorgione) naquit à Castel-franco, village à mi-chemin entre les montagnes et la mer Adriatique et alla, de bonne heure, à Venise où il vit :

UNE cité de marbre, ai-je dit ? non, plutôt une cité d'or pavée d'émeraudes. Car, en vérité, chaque pinacle et tourelle brillait et brûlait chargé d'or ou repoussé de jaspe. — Au-dessous, respirait longuement la mer immaculée en des remous de flots verts. Profonds, majestueux, terribles comme la mer, les hommes de Venise se mouvaient dans l'empire du pouvoir et de la guerre; pures comme les piliers d'albâtre, se tenaient ses mères et ses filles ; — des pieds au front, nobles en tout, passaient ses chevaliers. La lueur sombre bronzée de l'armure rouillée par la mer jaillissait, comme une menace, sous les plis de leurs manteaux couleur de

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