LA BEAUTE DE CE QUI VIT S
D*où viennent nos impressions d'admiration ou de tendresse devant une plante, une fleur ? N'y a-t-il pas quelque chose de différent, dans cette impression, de ce que nous ressentons en face de l'inanimé ? La vie, même obscure, n'aurait-elle pas une vertu de beauté qui lui soit propre ? En même temps, chaque chose qui vit, qui croît, semble souffrir, se fane et meurt, ne semble-t-elle pas reproduire certains états de bonheur ou d'épanouissement ou de souffrance de notre propre humanité, dans sa lutte avec la Nature ? La Nature ainsi, n*est-elle pas pleine de signes de notre vie à nous et si elle en contient, qui les y a mis ? Telles sont les questions un peu subtiles que Ruskin se pose, ici, et auxquelles il répond en faisant appel à l'esprit d'observation de chacun de nous.
IL existe une espèce de Beauté qu'on peut appeler la Beauté vitale. Toute chose vivante la possède, qui semble remplir joyeusement sa fonction. Si, passant au bord d'une couche de neige, sur les Alpes inférieures, dans les premiers jours de mai, nous voyons, comme cela est presque certain, deux ou trois petites ouvertures rondes percées dans la neige, et, sortant de ces trous, une fleur pensive et frêle (la soldanella alpina) dont la
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petite clochette sombre, frangée de pourpre, pend et frissonne sur le rocher de glace qu'elle a troué, — comme à demi émerveillée d'être hors de son tombeau récent, à demi mourante de fatigue, après qu'elle a remporté une difficile victoire, — nous serons remués par une impression de charme tout à fait différente de celle que nous ressentons au milieu delà glace morte et des nuages paresseux. Il y a là, un appel à notre sympathie ; il y a là, offert à notre méditation, le symbole d'un dessein moral et d'une victoire morale, et, si inconsciente ou insensible que puisse être la chose qui semble le pousser, cet appel ne peut être entendu sans un sentiment d'affection, ni ce symbole contemplé sans un sentiment d'adoration par ceux d'entre nous dont le cœur est bien placé ou dont l'esprit voit clair et juste. A travers le cycle entier de la création organique, toute chose, pourvu qu'elle soit en parfait état, présente, ainsi, certaines apparences ou tels témoignages de bonheur et se trouve, par sa nature, par ses appétits, par sa manière de se nourrir, par son habitat et sa mort, illustrer ou exprimer certaines dispositions morales ou certains principes moraux. Or, la finesse de cette sympathie qui nous fait prendre