LA BEAUTÉ DE CE QUI VIT
part au bonheur réel ou apparent de tous les êtres organises et qui nous pousse fatalement à considérer comino les plus beaux ceux qui sont les plus heureux à cause de la joie que nous en ressentons ; cette justesse du sens moral qui lit correctement la leçon à donner par tous ces êtres et qui les classe par ordre de dignité et de beautd selon le rang et la nature de cette leçon, soit qu'elle détourne ou qu'elle entraîne, de ce qui se vautre ou vers ce qui plane ; enfin, notre adhésion et notre compréhension de toutes ces choses, — voilà en quoi consiste le dernier et le plus parfait état de cette noble faculté esthétique (l)^ dont le rôle dans le système de notre nature humaine ne peut être pleinement fixé que par ses rapports avec la beauté vitale.
Or sa première vertu, dans ses rapports ' avec la beauté vitale, est la bonté et la plénitude désintéressée du cœur qui tire la plus grande joie possible du bonheur de toutes choses... L'exercice le plus ordinaire de cette faculté implique nécessairement une certaine droiture et une certaine santé de l'être moral tout
(t) Ceci est la traduction de V " esprit " de Ruskin, mais non de sa " lettre ". Le mot qu'il emploie toujours dans ce cas est " faculté théorique ".
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entier, et pour que cette faculté so déploie pleinement, il y faut l'entière perfection du caractère chrétien. En effet, celui-là n'aime pas Dieu ni son frère, qui n'aime pas l'herbe sous ses pieds et les créatures qui ne vivent point pour lui, mais remplissent ces espaces de l'univers dont il n'a que faire... Nul ne peut aimer Dieu, ni ses frères en humanité, qui n'aime pas tous les êtres que son Père aime et qui ne regarde pas chacun d'eux comme s'ils étaient, eux aussi, ses frères à cet égard, et des frères qui valent peut-être mieux que lui si, dans les harmonies inférieures où ils ont à jouer leur partie, ils la jouent avec plus de justesse. Il est bon de se rappeler cette bienveillance et cette humilité de saint François d'Assise, qui n'adressait jamais la parole à un oiseau ou à une cigale, ni même à un loup ni à une bête de proie, sans les traiter de « frères », et nous trouvons que le même sentiment anime les âmes de tous les hommes bons et puissants, comme nous l'enseigne la leçon du Vieux Marin de Coleridge, et mieux encore du Hartleap Well (1). « Ne jamais tirer de plaisir ni de fierté,
(I) Poème de Wordsworth.