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LES LYS

triples pétales du giglio florentin et de la fleur de lys française, de telle sorte qu'il est impossible de mesurer leur influence pour le bien au Moyen âge, en partie comme symbole de la splendeur et du raffinement de la chevalerie, à leur plus haut point, dans la cité qui fut la fleur des cités.

{La Reine de l'A ir,)

Tout le monde a remarqué que pas une feuille d*arbre ne ressemble identiquement à une autre. La Nature ne se répète jamais exactement et, pourtant, tout y est toujours harmonieux. A quoi tient cette diversité et d*où vient cette harmonie ? En un mot, pourquoi la Nature est-elle toujours belle ? C*est ce que Ruskin tente d'expliquer, en examinant une feuille d'arbre.

NOUS trouvons que la beauté de ces édifices construits par les feuilles vient, depuis le premier degré jusqu'au dernier, de ce qu'elles témoignent de leur parfaite coopération, et qu'un seul but les réunit dans les circonstances les plus diverses de misère, d'efforts ou de plaisirs. Sans solidarité, pas de beauté; sans dessein arrêté, pas de beauté ; sans trouble et sans mort, pas de beauté; sans plaisir individuel, caprice et liberté, — autant du moins qu'ils peuvent se concilier avec l'intérêt général, — pas de beauté f

Ainsi, le charme d'un arbre pourrait être perdu ou détruit de plusieurs manières. Le désaccord le tuerait, — d'une feuille avec l'autre; la désobéissance la tuerait, — d'une

feuille envers la loi (jui la rcj^iL ; il serait tud, encore, par trop crindulgence de la part de la Providence et parla suppression de toutepeine ; il serait lue par une symétrie servile et par Tabsencede tout plaisir. Et il en est ainsi jusqu'au plus petit atome et aux premières manifestations de la vie. Des que quelque chose vit, c'estauxquatreconditionsque voici : harmonie, obéissance, douleur et agréable inégalité. Coupez du haut en bas un bo urgeon de chêne, pas même de la dimension d'un grain de blé. Déjà, ses feuilles naissantes sont arrangées selon la loi parfaite de résilience. Prenez un bouton qui s'ouvre à la vie. La loi qui le régit est d'être un carré de quatre feuilles, mais voyez comme la feuille d'en haut prend la tête du mouvement et comme celle d'en bas se recourbe en l'air, déjà, un peu contrariée par l'effort. Regardez un bouton de bouleau un peu plus ouvert : qui dira combien de lubies la petite chose porte déjà dans son esprit et par combien d'aventures elle a passé? Et ainsi de suite jusqu'au bout. Aide, soumission, peine^ disparité, sont les sources de tout bien ; — conflit, désobéissance, luxe, égalité, les sources de tout mal.

Il est encore une autre leçon que peuvent

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nous enseigner les bâtisseurs de feuilles, une leçon qui est profondément inscrite et que le lecteur^j'espère, a déjà aperçue. Chaque feuille, nous l'avons vu, unit son œuvre à tout ce qui reste de Tœuvre accumulée par celles qui Font précédée. Ce qu'elles ontédifîé avant elle lui a servi pendant sa vie, Ta dressée vers la lumière, lui a permis de plus librement se mouvoir dans le vent, et Ta soustraite aux exhalaisons malfaisantes du sol. Quand elle meurt, elle laisse sa fibre petite, mais bien façonnée, ajoutant ainsi quelque chose d'essentieU quoique d'imperceptible, à la force du tronc, depuis la racine jusqu'au faîte sur lequel elle a vécu et le rendant ainsi plus favorable encore aux générations de feuilles qui lui succéderont.

Nous autres hommes, quand nous nous imaginons être modestes, nous nous comparons à de simples feuilles, mais nous n'avons aucun droit de le faire. Les feuilles pourraient repousser cette assimilation. Nous qui vivons pour nous-mêmes et qui ne savons comment employer, ni comment conserver l'œuvre du temps passé, nous pourrions apprendre humblement, de même que de la fourmi la prévoyance, de la feuille le respect. La puissance

de tout grand peuple, comme de tout arbre vivant, vient de ce qu'il n'eirace point, mais de ce (ju'ilconlîrme et achève Tœuvre de ses ancôtres.

Si nous nous retournons vers l'histoire des nations^ nous pourrons dater le commencement de leur déclin du moment précis oii elles cessèrent de porter le respect dans leur cœur et de thésauriser Tœuvre de leurs mains et de leurs cerveaux ; du moment oii la profusion des fruits de la saison a dissimulé en elles le vide du cœur, par quoi la cimpHcité des mœurs et les liens de la tradition se sont flétris....

Cette leçon, la vie de la feuille peut nous l'apprendre. Il en est une autre que nous pouvons tirer de sa mort. Si jamais, en automne, une mélancolie tombe sur nous, en voyant s'enfuir les feuilles mortes, ne serait-il pas sage de lever les yeux avec espoir, vers leurs puissants édifices? Voyez combien elles sont belles, comme elles se prolongent loin, en voûtes et enarcatures, les avenues des vallées^ les franges des coteaux I Autant qu'imposantes, elles sont éternelles. La joie de l'homme, le bien de toutes les créatures vivantes, la gloire de la terre, ne sont que les œuvres de ces pauvres feuilles, qui fuient languissamment devant nous, vers la mort. Ne les laissons pas

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passer sans entendre leur dernier conseil et leur dernier exemple : que^ nous aussi, insoucieux d'élever un monument sur notre tombe, nous en bâtissions un dans le monde, — un monument qui enseigne aux hommes à se rappeler, non où nous sommes morts, mais où nous avons vécu.

{Les Peintres modernes.)

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