LA TOUR DE CALAIS
II 8*agit, ici, du clocher de l'église Notre-Dame à Calais, qui date de la fin du xv* siècle.
JE ne peux trouver de mots qui expriment l'intense plaisir que j'ai toujours au moment où, après quelque long" séjour en Angleterre, je me retrouve au pied de la vieille tour de l'église de Calais. L'immense abandon, la noble disgrâce de cette chose, le souvenir de ses années écrit si lisiblement sur elle, quoique sans aucun signe d'affaiblissement ni de décrépitude, ce qu'elle a de refrogné et de délabré, rongée qu'elle est par les vents du détroit et envahie parles herbes amères du rivage; ses ardoises et ses tuiles toutes ébranlées et fendues et cependant tenant bon; son désert de briques, plein de trous et de griffes de fer et de vilaines lézardes et solide encore comme un rocher gris et dénudé, son indifférence pour tout ce qu'on peut penser d'elle ou ressentir, ni belle ni désirable, sans orgueil et sans grâce, ne récrinainaat pas^ mais n'implorant pas non
plus, bien difiérente de ces ruines inutiles et piteuses qui rabâchent languissamment l'histoire des jours meilleurs ; utile encore, au contraire, poursuivant sa tâche de chaque jour comme quelque vieux pêcheur blanchi au choc des tempêtes tire encore ses filets quotidiens, — telle est la tour de Calais. Sans une plainte pour sa jeunesse passée, serviable dans sa masse chenue et ridée, elle rassemble, sous son giron, les âmes humaines ; le son des cloches appelant à la prière filtre encore à travers ses lézardes et sa cime grise se voit, au loin sur la mer, la première des trois choses dressées au-dessus du désert des sables houleux ou des monticules des rivages : le phare dressé pour la vie, le beffroi pour le travail, et elle pour l'endurance et pour l'adoration.
{Les Peintres modei^nes,)
LES LYS r^
ON peut diviser la famille tout entière des herbes des champs en trois grands groupes : les Drosidae, les Cariées, les Graminées ou les plantes de la Rosée, les Joncs et les Gazons. Ensuite les Drosida) se divisent en cinq grands ordres : les lys, les asphodèles, les amaryllis, les iris et les joncs (Liliacées, Amaryllidées, Iridées, Scitaminées).
Aucune tribu de fleurs n'a eu une aussi grande, aussi variée et aussi saine influence sur l'homme, que ce grand groupe des Drosidae, influence résultant non tant de la blancheur de quelques-unes de leurs fleurs ou de l'éclat des autres que de cette forte et délicate substance de leurs pétales, qui leur permet de prendre des formes d'une inflexion élastique impeccable, soit en coupes comme le safran, soit en clochettes épanouies comme le vrai lys, soit en clochettes semblables à la bruyère, comme la jacinthe, soit en étoiles brillantes et parfaites, comme l'épi de la Vierge; ou bien^ lorsque ces fleurs sont aflfectées par
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rétrange reflet de la nature du serpent, qui forme le groupe labié de toutes les fleurs, se résolvant en des formes d'une symétrie gracieusement fantastique, dans le glaïeul. Placez, à leur côté, leurs sœurs Néréides, les nénuphars, et vous aurez en elles l'origine des formes les plus exquises du dessin ornemental, et les mythes floraux les plus puissants qu'aient jamais connus jusqu'ici les esprits humains, parus sur les bords du Gange ou du Nil, de l'Arno ou de l'Avon.
Considérez, en effet, ce que chacune de ces familles a signifié pour l'esprit de l'homme. D'abord, dans leur noblesse, les lys ont donné le lys de l'Annonciation; les asphodèles, la fleur des Champs-Elysées ; les iris, la fleur de lys de la chevalerie, et les amaryllidées « le lys des champs » du Christ; tandis que le jonc, toujours foulé aux pieds, devient l'emblème de l'humilité... La couronne impériale et les lys de toutes les espèces qu'énumère Perdita forment la première tribu, qui, donnant le type de la pureté parfaite dans le lys de la Madone, ont influencé par leur forme charmante tout le dessin décoratif de l'art religieux italien; tandis que l'ornement de guerre fut continuellement enrichi par les courbes des