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UNE SERVANTE DU TEMPS JADIS. ANNE

Il y a des types de gens qu*ont connus les générations qui nous ont précédés et qui sont à peu près disparus aujourd'hui. Tel est le serviteur né au service d'une vieille famille et y demeurant jusqu'à sa mort, dévoué, grognon, maniaque, fier de ce qui arrive de bon à ses maîtres, leur donnant des conseils et se considérant un peu comme leur parent et leur tuteur dans les petites choses domestiques. C'est un de ces types que décrit, ici, Ruskin, au cours de ses souvenirs de jeunesse intitulés « Prœterita ».

PARMI ceux qu'il faut voir disparaître de sa propre vie, morts ou pires que morts, quand on a passé la cinquantaine, je peux dire, pour ma part, en mettant hors de cause les pertes de biens imaginaires, que la personne qui me manque pratiquement et vraiment le plus, après mon père et ma mère, est cette Anne, la bonne de mon père et la mienne. Elle faisait partie de notre « maison » (cette maison n'étant jamais que peu nombreuse) et de son enfance à son vieil âge, ses facultés entières furent appliquées à nous servir. Elle

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avait un don naturel et une spécialité pour faire les choses désagréables : par-dessus tout, le service de garde-malade, de telle sorte qu'elle n'était dans toute sa gloire que lorsque quelqu'un de nous était souffrant. Elle avait aussi une spécialité parallèle pour dire des choses désagréables et l'on pouvait compter sur elle pour décrire toute chose sous les couleurs les plus sombres avant de procéder à l'améliorer. Et elle nourrissait une très honorable et républicaine aversion pour faire immédiatement ou dans les propres termes ce qu'on lui avait ordonné, de sorte que quand ma mère et elle vieillirent de conserve, et que ma mère devint très impérative et particulière sur le point d'avoir sa tasse de thé placée sur un côté de sa petite table ronde, Anne mettait beaucoup d'attention et de ponctualité à la poser sur l'autre, ce qui faisait que ma mère m'affirmait gravement chaque matin, après le déjeuner, que si jamais une femme au monde avait été possédée du démon, c'était Anne. Mais, en dépit de ces aspirations pétulantes et momentanées vers la liberté et l'indépendance de caractère, la pauvre Anne demeura très soumise en son âme, tout le temps qu'elle vécut et fut entièrement occupée depuis Tage

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