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XII INTRODUCTION

la fortune, le monde pouvait n'être qu'un immense réservoir de joies Intellectuelles et artistiques où il puiserait à pleines mains. Pourtant il n'était pas heureux. Le spectacle que lui donnait la vie des classes populaires le torturait parfois. Dans les paysages il avait rencontré des paysans ; autour des flèches des cathédrales^ des cheminées d'usine, au pied des palais, des misérables. Pour parvenir jusqu'aux fragments de chefs-d'œuvre oubliés du passé, il avait traversé des quartiers pauvres, d'immenses cités ouvrières délabrées, malsaines, où ne luisait jamais un rayon de vie supérieure. Il s'arrêta, un jour, à considérer la torpeur de ces existences, la monotonie de leurs travaux, la brutalité de leurs plaisirs. L'observateur qui était en lui se surprit à en démMer les causes. Il crut les reconnaître dans la violence des concurrences économiques, dans la loi de la lutte pour la vie, dans l'asservissement de l'ouvrier à la perfection mécanique, dans la division excessive du travail, — bref, dans l'application de toutes les théories économiques modernes, alors en vogue dans V Angleterre libérale et dites de V « Ecole de Manchester ». // crut les reconnaître, aussi, dans le défaut d'éducation des classes populaires, et comme

INTRODUOTÏON XIII

bien d'autres, mais avant les autres^ Il en rendit responsables les classes supérieures. Il lui sembla qa'' Intellectuels et travailleurs manuels vivaient trop éloignés les uns des autres. De même qu'une belle œuvre d'art monumentale lui avait semblé ne pouvoir se faire sans la collaboration étroite de Vartiste et de l'ouvrier, il lui parut qu'une nation ne pouvait être, heureuse que par l'entr'aide et l'union de ses divers enfants. L'ayant vu ou cru voir, il n'eut de cesse qu'il ne l'eût crié au monde. Alors parut son livre de doctrines sociales, intitulé : (( Jusqu'à ce dernier (1) ! »

De ce moment, c'est-à-dire depuis 1860, la passion de la nature et de l'art continue bien d'animer ses œuvres, mais l'idée d'une réforme sociale y transparaît sans cesse et parfois domine son activité. Il s'inquiète de l'influence des saines lectures et du rôle social de la Femme et il écrit Sésame et les Lys. Il se demande quelles sont les lois morales qui doivent régir le travail et la concurrence commerciale et quelle

(l) Voir, pour plus de détails sur cette période, " Ruskin et la Religion de la Beauté ". (Hachette, éditeur.)

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