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LA SUPÉRIORITÉ DU GOTHIQUE

disposition du plan de son terrain, elle peut se recro(iueviller en une tourelle, s'étaler en un hall, se contourner en un escalier, ou jaillir en une flèche, sans rien perdre de sa grâce ni épuiser son énergie, et partout où elle trouve une raison de modifier sa forme ou son dessein, elle s'y soumet sans qu'on ait la plus légère impression qu'elle y perde soit de son unité, soit de sa grandeur, — subtile et flexible comme un serpent fougueux mais toujours attentif à la voix du charmeur. Et c'est une des principales vertus des bâtisseurs gothiques qu'ils ne souffrirent jamais que des idées de symétrie et de concordances extérieures vinssent se mettre en travers de l'usage réel et de la valeur de ce qu'ils faisaient. S'ils avaient besoin d'une fenêtre, il l'ouvraient; d'une chambre, ils l'ajoutaient ; d'un arcboutant, ils le bâtissaient, tout à fait indifférents à toutes les conventions établies touchant les apparences extérieures, sachant (comme d'ailleurs cela est toujours arrivé) que ces hardies infractions au plan primitif ajouteraient plutôt de l'intérêt à sa symétrie qu'elles ne lui en ôteraient. Si bien qu'à la meilleure époque du gothique, une fenêtre inutile aurait plutôt été ouverte à une place inattendue par goût

de la surprise qu^une fenêtre utile interdite par goût de la symétrie . Tous les architectes qui se succédaient, employés à une grande œuvre, bâtissaient, chacun à sa façon, les morceaux qu'il ajoutait, sans aucune considération du style adopté par ses prédécesseurs ; et si deux tours s'élevaient, en pseudo-pendants, aux deux côtés de la façade d'une cathédrale. Tune différait presque sûrement de Tautre, et dans chacune des deux, le style du sommet différait du style adopté à la base.

(Les Pierres de Venise.)

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