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L'OGIVE 0 ET L'ÉGLISE

De nos jours, quand on voit un édifice à fenêtres et à portes ogivales, on dit : c'est une église. On risquerait fort de se tromper, dans tous les pays du Nord, où Ton s'est remis à construire les hôtels de ville, les cottages, les villas, les hôtels particuliers, jusqu'aux Bourses et même aux gares de chemins de fer en style ogival. Toutefois, c'est une opinion enracinée, surtout chez les Français, que l'ogive a quelque chose de religieux et que le gothique n'est pas convenable pour une habitation profane. Voici ce qu'en pense Ruskin :

QUE le lecteur fixe bien ce grand fait dans son esprit et qu'il en déroule les importants corollaires. Dans nos temps modernes, nous attachons une sorte de caractère sacré à l'arceau en pointe et à la voûte d'arête, parce que nous regardons, habituellement, ce qui se passe au dehors en nous mettant à des fenêtres quadrangulaires, et que nous vivons sous des plafonds plats, tandis que nous trouvons des formes beaucoup plus belles dans les ruines de nos abbayes. Mais lorsque ces abbayes furent bâties, l'arceau en pointe était appliqué à une porte de boutique aussi bien qu'à celle d'un

cloître et des plafonds voûtés retentissaient aussi bien des festoiemenls du baron féodal ou du bandit que des chants des moines ; non qu'on estimât la voûte appropriée spécialement à Torgie ou à la prière, mais parce qu'elle était, alors, la forme selon laquelle on bâtissait le plus aisément un toit solide.

Nous avons détruit l'excellente architecture de nos cités ; nous lui en avons substitué une autre totalement dénuée de beauté ou de signification, et alors nous raisonnons touchant l'étrange effet produit sur nos esprits par les fragments heureusement demeurés dans nos églises, comme si ces églises avaient, de tout temps, été faites pour se détacher, en un saisissant relief, de toutes les constructions qui les entourent et comme si l'architecture gothique avait été, de tout temps, ce qu'elle est maintenant : une langue sacrée, comme le latin des moines !

La plupart des lecteurs savent, s'ils veulent bien faire appel à leurs connaissances, qu'il n'en était pas ainsi; mais ils ne se donnent pas la peine de raisonner sur la matière. Ils s'abandonnent, passivement, à l'impression que le gothique est un style particulièrement ecclésiastique, et, quelquefois même, que la

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richesse dans rorneinciilation d'une église est une condition ou une victoire de TÉglise romaine. Sans doute il en est advenu ainsi dans les temps modernes. En effet, comme il n'y a aucune beauté dans notre architecture récente et beaucoup dans les restes du passé et comme ces restes sont presque exclusivement ecclésiastiques, l'Église anglicane et l'Église romaine n'ont pas tardé à se servir des instincts naturels qui nepouvaient se désaltérer

nulle part qu'à cette source Mais il n'est

pas besoin de beaucoup pénétrer dans l'esprit du Passé pour s'assurer de ce que je voudrais clairement et fortement établir ici, une fois pour toutes, c'est-à-dire que partout où l'architecture de l'église a été bonne et belle, elle était simplement l'aboutissement parfait de l'architecture des maisons d'habitation communes à la même époque; lorsque l'arceau en pointe était employé dans les rues, on l'employait à l'église; lorsque l'arc arrondi fut usité dans la rue, il fut usité à l'église ; lorsque le pinacle fut posé au-dessus de la fenêtre du grenier, il fut posé au-dessus de la tour du beffroi ; lorsque le plafond plat fut à la mode dans les salons, il fut à la mode dans la nef.

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Il n'y a rien de sacré dans un arc en plein cintre, ni dans une ogive, ni dans un pinacle, ni dans un arc-boutant, ni dans un pilier, ni dans une dentelle de pierre. Les églises étaient plus vastes que la plupart des autres constructions, parce qu'elles avaient à contenir plus de monde ; elles étaient plus ornées que la plupart des autres constructions parce qu'elles étaient mieux à l'abri de la violence et qu'elles étaient les réceptacles naturels des offrandes pieuses, mais elles ne furent jamais bâties dans un style à part, religieux et mystique. Elles furent bâties selon le mode qui était commun et familier à tout le monde, à ce moment-là. Les dessins flamboyants, qui ornent la façade de la cathédrale de Rouen, avaient autrefois leurs pendants à chacune des fenêtres de chacune des maisons de la place du Marché. Les sculptures qui ornent les portails de Saint-Marc, à Venise, avaient autrefois leurs rivales sur les murs de chacun des palais du Grand Canal, et la seule différence entre l'église et la maison d'habitation était qu'il y avait une intention symbolique dans la distribution des différentes parties des édifices destinés au culte, et que les sujets de peinture et de sculpture étaient moins souvent profanes

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dans un cas que dans Tautrc. On ne pourrait tracer une ligne do démarcation beaucoup plus précise; car Hiistoire profane dtait constamment introduite dans rarcintecturci d'une église, et rhistoire sainte, ou des allusions à cette histoire formaient, au moins pour moitié, 1 ornementation de la maison où Ton habitait.

(Les Pierres de Venise.)

L'IMAGE ^ ^ DE LA MER m

LA mer, jusqu'au temps de Turner, a été considérée généralement par les peintres comme une chose consistante, faite de liquide, cherchant son niveau avec une surface unie, montant jusqu'à la ligne de flottaison des vaisseaux, dans laquelle les vaisseaux doivent être scientifiquement plongés et trempés jusqu'à ladite marque et rester intacts audessus. Mais Turner, durant le voyage qu'il fit à la côte sud de l'Angleterre, trouva que la mer n'était pas cela, qu'elle était, au contraire, une cliose très peu calculable et très peu horizontale, portant sa « ligne des eaux » parfois jusqu'au plus haut du ciel, aussi bien que sur les côtés des bateaux, — une chose très propre à être mise en pièces, la moitié d'une vague se séparant très bien de l'autre et pouvant être portée, en un instant, à des kilomètres de là, une chose qui ne s'astreint en aucune façon à une apparence de liquidité, mais qui tantôt frappe comme un gantelet de fer et tantôt devient un nuage et s'évanouit, nul œil ne

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