LA PERFECTION
EXIGER la perfection est toujours un signe qu'on méconnaît la fin de TArt, d'abord, parce qu'aucun grand homme ne s'arrête de travailler que lorsqu'il a déjà atteint le point oii il déchoit ; secondement parce que l'imperfection est en quelque sorte essentielle à tout ce que nous savons àe la vie. C'est le signe de la vie dans un corps mortel, c'est-à-dire du progrès et du changement. Rien de ce qui vit n'est rigidement parfait : une partie déchoit, l'autre naît. La fleur de digitale — dont un tiers est encore en bouton, un tiers déjà flétri, et un tiers en complète floraison, — voilà le symbole de la vie de ce monde . Et dans toutes les choses qui vivent, il y a certaines irrégularités ou certaines défaillances qui sont non seulement des signes de vie, mais des sources de beauté. Aucune face humaine n'est exactement la même dans ses lignes des deux côtés ; aucune feuille n'est parfaite dans ses lobes, aucune branche dans sa symétrie.