LE DOMAINE ^ DE L'INCONSCIENT
JE crois que les formes les plus nobles du pouvoir Imaginatif sont aussi en quelque sorte ingouvernables et qu'il y a en elles quelque chose de la nature des rêves ; de telle sorte que la vision, de quelque nature qu'elle soit, survient sans qu'on l'appelle et ne se soumet pas au visionnaire, mais le domine et le force à parler comme un prophète, sans qu'il gouverne ses paroles ni ses pensées. Seulement, si l'homme est, au total, parfaitement forme et si son esprit est calme, conséquent et vigoureux, la vision qui lui survient lui apparaît comme dans un miroir parfait, sereine et concordante avec les facultés rationnelles. Mais si l'esprit est imparfait et mal formé, la vision apparaît comme dans un miroir brisé, avec des contradictions et des anamorphoses ; toutes les passions du cœur, soufflant sur lui, le sillonnent de rides entrecroisées jusqu'à ce qu'à peine une trace de cette vision demeure intacte.
{Les Pierres de Venise.)
LA
il VULGARITE
Rencontrant souvent la vulgarité dans des œuvres, improprement qualifiées " oeuvres d'art ", et voulant définir ce qu*est la " vulgarité " dans l'art, Ruskin est conduit à rechercher ce qui constitue la vulgarité dans la vie et, par là, à définir le contraire de l'homme vulgaire, le " gentleman ". Cette définition est, sans doute, une définition particulièrement anglaise et nous apprend ce que nos voisins entendent, au Juste, par ce nom de " gentleman ". Mais la plupart des traits sont universels et le portrait vaut pour tous les pays.
DEUX grandes erreurs forment ou plutôt déforment gravement les esprits des classes supérieures et des classes inférieures de la société et ont semé de grandes dissensions et des malheurs plus grands encore dans notre société moderne. Ces erreurs sont les interprétations que nous donnons du mot « gentleman ».
Son sens primitif, littéral et éternel est « homme de pure race » bien né, dans le sens où un cheval ou un chien sont bien nés.
Les classes, soi-disant hautes, étant généralement de race plus pure que les inférieures,
ont bien conservé la notion vraie et les convielions qui y sont afisociées, mais elles craignent de les exprimer tout haut et, en public, elles équivo(|uent là-dessus. Celle (Mjuivoque vient principalement do leur désir de joindre à ce sens premier une autre signification qui, cellelà, est fausse : celle d'« un oisif vivant du travail des autres » ; idée avec laquelle le terme « gentleman » n'a rien à voir.
Les classes inférieures s'inscrivant en faux et avec raison contre celte notion qu'un gentleman est un oisif, et sentant fort bien que plus un homme travaille, plus il devient un « gentleman » et a des chances de le devenir, ont toutefois retiré peu de fruit de cette vérité, parce qu'en même temps, elles ont éprouvé le besoin de soutenir une erreur, celle que « la race » ne signifiait rien. Or la race a précisément autant d'importance chez un homme que chez tout autre animal.
La nation ne peut vraiment prospérer que si ces deux erreurs sont définitivement bannies. Les « gentlemen » doivent comprendre que ce n'est pas une partie de leur office ou de leur privilège que de vivre du travail des autres. Ils doivent comprendre qu'il n'y a aucune dégradation dans le travail manuel le plus dur, le plus humble ou
le plus servile, lorsqu'il est honnête ; mais qu'il y a une dégradation, et profonde, dans la prodigalité, dans la corruption, dans la paresse, dans l'orgueil, dans l'acte d'occuper des situations pour lesquelles on n'est pas fait ou d'en créer dont on n'a que faire. Cela ne disqualifie pas un « gentleman » de devenir un saute-ruisseau ou un journalier, mais cela le disqualifie beaucoup de devenir un fripon ou un voleur. Et la friponnerie n'est pas moins une friponnerie, parce qu'elle embrasse des affaires considérables, ni le vol moins un vol, parce qu'il est admis par l'usage ou accompagné de quelqu'insuccès dans la chose entreprise. Prendre la bourse dans la poche de quelqu'un est une forme de vol incomparablement moins coupable que la recevoir de ses propres mains sur l'assurance que l'on va tirer son navire hors de la passe lorsqu'on ne l'a même pas sondée.
D'autre part, les classes inférieures de la société et les autres classes doivent comprendre que toute disposition vicieuse et toute maladie chronique se transmettent par hérédité et que par la pureté du sang, le système entier du corps humain et de l'âme humaine peut être graduellement élevé et, au contraire, par
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rinaUontion à cotlo (|uoHtion do naissance, graduellement déf^raJé, jus(|u*à ce que, entre les cn^aturcs humaines bien n(5es et les créatures mal nées, il y ait (quelque peine qu'on prenne pour leur éducation) autant de diiFérence qu'entre un bon chien de chasse et le plus vil cabot balard. Et la connaissance de ce grand fait doit dominer Téducation de notre jeunesse et l'entière conduite delà nation.
Cependant, dans le langage usuel, le mot « distinction » doit être pris comme signifiant ces qualités qui sont, d'ordinaire, lapreuve d'une haute naissance et que ce devrait être le but de tout homme d'acquérir dans la mesure oii elles peuvent être acquises, ou, s'il les a de naissance, de garder et de parfaire.
Le mot « vulgarité », au contraire, signifie les défauts qui caractérisent habituellement la médiocre naissance et que chacun a le devoir de dompter autant qu'il est en lui. Notons brièvement quels ils sont.
La première caractéristique d'un « gentleman », c'est cette finesse de structure physique, qui le rend capable de la sensation la plus délicate et de cette structure morale qui le rend capable des plus déhcates sympathies; on peut appeler cela simplement une « nature
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fine ». Elle peut naturellement se concilier avec la résistance héroïque du corps et avec la fermeté de Tâme; même, on ne peut concevoir une force héroïque sans cette délicatesse . La force d'un éléphant pourra se frayer un chemin à travers la forêt et ne point ressentir le contact des branches, mais la peau blanche de FAtride d'Homère aurait senti le pli d'une feuille de rose et pourtant su dompter ses sensations dans la rage de la bataille et se comporter comme du fer. Ce n'est pas que j'aie l'intention d'appeler l'éléphant un animal « vulgaire », mais si vous y réfléchissez, vous trouverez que s'il n'est pas vulgaire, c'est parce qu'il a toute la gentillesse compatible avec son éléphantine nature et non parce qu'il a un cuir insensible et un pied maladroit; c'est par la façon dont il soulèvera son pied si un enfant est couché sur son chemin ; c'est par sa trompe impressionnable, par son esprit plus impressionnable encore et par le don qu'il a de ressentir des froissements d'amour-propre.
Et quoique la droiture dans la conduite morale soit, en fin de compte, la grande force purificatrice de la race, le signe de la noblesse n'est pas dans cette droiture de la conduite morale, mais dans sa sensibilité. Lorsque le
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moule de la créature est (in, ses sensations sont fortes aussi bien que ses perceptions : elle est accessible à toutes sortes d'impressions venues du dehors sous leur forme la plus violenle, capable par conséquent d'être froissée et heurtée par toutes sortes de choses rudes, dont une cn^ature plus grossière n'aurait guère ressenti de mal, et ainsi de tomber dans d'effrayantes
fautes, si son destin le décide ainsi
Un autre signe de bonne éducation est, plus que la simple bonté, la sympathie. Un homme vulgaire peut souvent être bon d'une façon bourrue, par principe et parce qu'il pense qu'il doit être bon, tandis qu'un homme très bien élevé, même s'il est cruel, sera cruel d'une manière plus douce, car il comprend et il éprouve ce qu'il inflige et il plaint sa victime. Seulement, nous devons soigneusement nous souvenir que la sympathie éprouvée par un « gentleman » ne doit jamais être mesurée à son expression extérieure, car une autre de ses principales caractéristiques est son apparente réserve. Je dis « apparente réserve », car si la sympathie est réelle, la réserve ne l'est pas : un parfait gentleman n'est jamais réservé, mais doucement et entièrement ouvert, dans la mesure où c'est utile aux autres, ou dans la mesure
OÙ cela lui est possible. A beaucoup d'égards, il lui est impossible d'être expansif, excepté envers les gens de son espèce. A eux il peut se communiquer par un mot ou une syllabe, ou un regard ; mais aux gens qui ne sont pas de son espèce, il ne peut se communiquer, Tessayàt-il pendant toute une éternité, de discours clairs selon la grammaire. Par l'extrême acuité de sa sympathie, il devine combien de lui-même il peut donner à quelqu'un et, cela, il le donne franchement. 11 serait toujours heureux de donner davantage s'il le pouvait, mais il est obligé néanmoins, dans ses rapports généraux avec le monde, d'être quelque peu silencieux, estimant qu'envers beaucoup de gens, le silence est une réserve moindre que la parole. Quoiqu'il puisse dire, il serait incompris d'un homme vulgaire : aucun des mots dont il pourrait se servir ne comporterait pour un homme vulgaire le même sens que pour lui. S'il en emploie quelqu'un, l'autre s'en ira disant : « Il a dit ceci et cela, telle et telle est sa pensée » (quelque chose assurément qu'il n'a jamais pensé) ; mais il garde le silence et l'homme vulgaire s'en va disant : « Il n'a rien compris du tout », ce qui est précisément le fait et le seul fait qu'il soit capable de sage-
miMil faire cnterulro sur lui-inôine à l'hoinmc vulj^airo.
11 y a oncoro uiio raison tout à fait suffisanto à l'apparente reserve d'un gentleman. Sa sensibilité tîtant constante et intelligente, il sera rare qu'une sensation le touche plus vivement qu'elle ne Ta touche de la môme façon souvent auparavant et qu'elle doive le toucher on quelque sorte toujours. Ce n'est pas qu'il éprouve peu, mais il éprouve souvent. Un homme vulgaire qui se trouve avoir quelque cœur au fond de lui-môme, si vous arrivez par le moyen d'un récit ou en lui montrant quelque chose, à introduire le pathétique de cette chose jusqu'à son cœur, il en sera tout excité et démonstratif ; car la sensation de pitié est pour lui étrange et remarquable. Mais votre gentleman, lui, a cheminé dans la pitié tout le long du jour ; les larmes n'ont jamais coulé de ses yeux ; vous avez pensé que ses yeux étaient seulement brillants, mais ils étaient humides. Vous lui racontez une lamentable histoire et son attitude ne change pas ; les yeux ne peuvent qu'être humides encore ; il ne parle pas non plus, car, de fait, il n'y a rien à dire, mais seulement quelque chose à faire. Quelqu'étre vulgaire, devant vous deux, s'en va disant :
« Comme il est dur 1 » Le lendemain^ il apprend que cette personne dure a apporté une heureuse conclusion à la lamentable histoire qui ne lui avait pas tiré un mot. Alors sa surprise change de nature et il s'écrie : « Comme il est réservé! » — Savoir se contraindre est souvent considéré comme une caractéristique de la bonne naissance et, jusqu'à un certain point, il en est ainsi; tout au moins, est-ce là un des moyens de former et de fortifier le caractère; mais c'est plutôt une manière de ressembler à un gentleman que sa caractéristique même. Un vrai gentleman n'a pas besoin de se contraindre. Il a, en toute occasion, un sentiment juste et ne désirant exprimer de ce sentiment qu'autant qu'il est juste de le faire, il n'a pas besoin de se contraindre. Par là, une parfaite aisance est, en vérité, une de ses caractéristiques ; mais précisément une parfaite aisance est incompatible avecla contrainte. Néanmoins les « gentlemen », dans la mesure oii ils déchoient de leur propre idéal, éprouvent le besoin de se dominer et le font ; tandis qu'au contraire, le fait d'éprouver des sentiments bas et d'être incapable d'en refouler l'expression, telle est « la vulgarité ». Et cependant, même alors, la vulgarité, au fond, ne réside pas dans
la d(5fectuosit6 de rexpressiori, mais dans rinconvonance du sentiiiient, et lorsque nous reprochons à une personne vulgaire trop d'expansion, ce n'est pas son expansion que nous blâmons mais sa grossièreté d'âme et, plus encore, qu'elle n'arrive pas à ressentir ses propres défauts ; de telle sorte, qu'au bout du compte, la « vulgarité » se ramène à un défaut de sensibilité. Enfin, il doit être noté que des gens très vulgaires peuvent arriver à une grande puissance de domination sur euxmêmes lorsqu'elle sert leurs desseins.
Intimement, mais étrangement liée à cette expansivité, est cette forme de sincérité qui est le contraire de la ruse, quoiqu'elle ne soit pas inconciliable avec la fausseté absolue. Et, ici, une distinction d'une grande importance.
Le mot « ruse » signifie spécialement une habitude ou un don de parvenir à ses fins, accompagné d'une conscience satisfaite de sa supériorité. Elle est associée avec une suffisance mesquine et grossière et avec un défaut absolu de sympathie ou d'affection... La sincérité qui est opposée à la ruse devrait peut-être s'appeler plutôt le « désir de sincérité » ; elle consiste moins à ce qu'on ne trompe pas les autres qu'à la répugnance qu'on a de les tromper, — cette
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répugnance impliquant une sympathie et du respect pour la personne trompée. Elle consiste aussi dans une affectueuse observation de la vérité, portée jusqu'au plus haut point possible, à la manière d'un bon soldat gardant intact son honneur tout en pratiquant quelque ruse de guerre. Une personne rusée recherche les occasions de tromper ; un « gentleman » les évite. Une personne rusée triomphe lorsqu'elle réussit à tromper ; un « gentleman » est humihé par ce succès, dans la mesure du moins oii le succès tient à la tromperie et non
à sa supériorité intellectuelle Quoique,
cependant, la ruse sans générosité soit d'ordinaire une manifestation de « vulgarité » à tel point distincte des autres, que je lui donne un autre nom qu'« insensibilité », c'est bien cependant, là, un effet de l'insensibilité, déterminant un défaut d'affection envers les autres et obscurcissant à la vue la beauté de la vérité. Le degré auquel, chez des hommes comme Richeheu, Machiavel ouMetternich, la subtihté politique effacera le « gentleman », tiendra à l'égoïsme du dessein politique auquel leur ruse est employée et à la satisfaction basse prise à son emploi. Le commandement : « Soyez sages comme des serpents, innocents comme
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des colombes » est l'expression (l(Tnière de ce principe, d'ordinaire mal comprise, parce qu'on rapporte le mot « sag^e » au pouvoir intellectuel du serpent, au lieu de le rapporter à sa subtilité. Le serpent a très peu de force intellectuelle, mais en regard de celle qu'il a, il demeure, aujourd'bui comme autrefois, le plus subtil des animaux des champs.
Un autre grand signe de « vulgarité » est encore une autre phase d'insensibilité, si l'on remonte à sa source : c'est la considération exagérée accordée aux apparences et aux formes, comme on le voit dans les ménages des gens vulgaires de toutes les classes. C'est aussi l'affectation par les personnes des classes inférieures, de manières, de langage ou de tenue qui ne leur vont pas. Je dis considération « exagérée » accordée aux apparences, parce que, dans cette exagération, consiste naturellement la vulgarité . Il est juste et sage, en de certaines formes, de prendre garde aux apparences ; en d'autres formes, ce n'est ni juste, ni sage. Où donc gît la différence?
Au premier abord, on est disposé à répondre brièvement: la vulgarité consiste, simplement, dans la prétention d'être ce qu'on n'est pas. Mais cette réponse ne tient pas debout. Une
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reine peut s'habiller comme une servante et, peut-être, réussir, si elle veut, à passer pour telle, mais elle ne sera pas pour cela « vulgaire». Mieux encore, une servante peut s'habiller comme une reine et prétendre passer pour telle et cependant n'être point vulgaire, à moins qu'elle n'ait quelque vulgarité inhérente à sa nature. Dans le très absurde, mais très amusant conte de Scribe : « Une Reine d'un jour », la fille d'une modiste soutient, pendant toute une journée, le rôle d'une reine. Plusieurs fois, elle stupéfie et choque les courtisans par son oubli des convenances, et, une ou deux fois, elle se trahit presque à ses dames d'honneur par sa compétence extra-royale dans les choses de la couture ; mais elle n'est pas le moins du monde <( vulgaire », car elle est sensible, simple et généreuse, à ce point qu'une reine ne pourrait l'être plus.
La (( vulgarité » consisteraît-elle donc à essayer déjouer un rôle que vous ne pouvez soutenir sans vous trahir continuellement? — Non. Un mauvais acteur amateur peut jouer son rôle de façon que continuellement on le reconnaisse, mais on le reconnaît, continuellement, pour un (( gentleman » . Une considération vulgaire accordée aux apparences n'est
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pas nécessairement une hypocrisie. Vous con- ; naîtrez qu'un homme n'est pas un « gentleman » a la parfaite et soigneuse prononciation de SOS mots. Mais ce n'est point qu'il cherche à prononcer soigneusement : il le fait d'instinct. La vulgarité est dans le soin réel qu'il y met ej non dans un soin aliocté.
On trouvera, en allant plus loin, qu'une considération « vulgaire » pour les apparences est, au fond, quelque chose d'égoïste, résultant non pas d'un désir de donner du plaisir, comme le désir qu'a une épouse de se faire belle pour son mari, mais d'en mortifier les autres ou pour flatter sa vanité ; — l'action commune « de garder les apparences » d'une société, n'étant qu'une lutte égoïste de choses vaines contre des choses vaines. Mais la plus profonde empreinte de « vulgarité » tient à ce que ceci est fait non pas seulement avec égoïsme, mais avec stupidité, sans qu'on comprenne l'impression qui est réellement produite, ni les relations d'importance entre soi-même et les autres, et qu'on va jusqu'à supposer que leur attention est fixée sur soi lorsqu'on est tout en réalité des zéros à leurs yeux ; — cela provient de V insensibilité. D'où il suit que le simple orgueil n'est pas «vulgaire»
(c'est-à-dire Taction de regarder de haut les autres, parce qu'ils nous sont vraiment inférieurs), ni la vanité simple n'est « vulgaire » (c'est-à-dire le désir de la louange), mais la « suffisance » (c'est-à-dire l'attribution que nous nous faisons à nous-mêmes de qualités que nous n'avons pas) est toujours « vulgaire » . Dans les cas de prononciation affectée et autres semblables, il y a de l'insensibilité, premièrement en ce que la personne pense plus à elle-même qu'à ce qu'elle dit et secondement en ce qu'elle n'a pas une finesse musicale d'oreille suffisante pour sentir que son langage est pénible et forcé. . . .
Sans poursuivre notre enquête plus loin dans le détail, nous pouvons conclure que la « vulgarité » consiste dans une espèce d'atonie, de mort du corps et du cœur, résultant de conditions prolongées et spécialement héréditaires de dégénérescence ou littéralement d' « absence de race » ; la noblesse étant synonyme d'intense humanité. Et la vulgarité se révèle, d'abord, dans la grossièreté du cœur, non pas dans sa rage ou sa cruauté, mais dans son inaptitude à sentir ou à concevoir un noble caractère ou une noble émotion. Ceci est sa forme essentielle, vraie et la plus fatale. La
grossièrct(5 des sens corporels et leur stupidité générale, avec t(*lles formes de crimes qui proviennent spécialement de la stupidité, — telles sont ses manifestations matérielles.
Il y a deux ans, lorsque je commençais à étudier ce sujet et que j'en causais avec un de mes amis les plus ingénieux, M. Brelt, le peintre de Val d' A os ta, je lui demandais, par hasard : « Qu'est-ce que c'est que la vulgarité? » simplement pour voir ce qu'il dirait, ne supposant pas possible d'obtenir une réponse immédiate.
Il rélléchit environ une minute et répondit tranquillement : « C'est simplement une des formes de la mort. » Sur le moment, je ne vis pas le sens de la réponse, mais en la mettant à l'épreuve, je trouvai qu'elle s'appliquait à chaque phase des difficultés inhérentes à ma recherche et qu'elle en résumait la vraie conclusion.
Cependant, afin d'être complet, il convient de faire une distinctive et dernière définition, montrant quelle forme de mort représente la a vulgarité » ; car la mort ellemême n'est pas une chose vulgaire ; ce qui est vulgaire, c'est seulement la mort mêlée à la vie.
Je ne peux, cependant, construire une rapide définition qui embrasse toutes les conditions moindres de la dégénérescence corporelle, mais le terme « égoïsme et mort » embrassera toutes les formes les plus fatales et les plus essentielles de la vulgarité de Tesprit.
(Les Peintres modernes,)