A QUOI SERVENT LES MYTHES
(lo la dialcctiquo (îL h la discussion de points obscurs ou triviaux, et nous laisser voir quoliiue chose du fond de sa pensée et de sa conviction morale la plus rlevc^e, vous êtes à l'instant môme lancés, en liberté, dans le monde de la fantaisie et charmés par un beau mythe. El je crois que tout professeur, ici (à Oxford), qui ne s'intéresse pas seulement à l'histoire, mais aussi à la substance de la philosophie morale^ corroborera mon dire : que les maximes à portée directe des plus grands sages de la Grèce ne renferment pas, dans leur totalité, un code d'éthique ni aussi pur, ni aussi pratique, que celui qu'on peut tirer d'une interprétation attentive des mythes de Pindare et d'Aristophane.
Quant à l'ineptie de la seconde notion susdite, notion gardée par la plupart de nos chercheurs étudiantle «développement » dans la fable : à savoir qu'ils peuvent évaluer la dignité des idées par les symboles employés pour les exprimer dans l'art primitif, et tracer la succession de la pensée dans l'esprit humain par l'histoire de sa main-d'œuvre décorative, je n'ai pas le temps aujourd'hui de rien ajouter à l'exemple que je vous ai donné il y a longtemps, soitla différence entrelesidées exprimées
parla description d'Homère du bouclier d'Achille (bien plus encore celle d'Hésiode du bouclier d'Hercule) et l'impression que nous recevrions de n'importe quel échantillon de l'art grec de cette même période. Vous pouvez vous fier à la reconstruction du bouclier homérique, donnée par M. A. Murray dans son Histoire de la Sculpture grecque, comme faisant autorité pour une représentation du maximum d'habileté glyptique qui, à cette époque, pouvait être mise à contribution pour la décoration des armes d'un héros. Mais le poète décrit l'imagerie grossière comme produisant l'effet de la réalité, et il aurait pu tenir le même langage pour louer la sculpture de Donatello ou de Ghiberti. Et vous pouvez rester assuré que, là 011 les réalités ambiantes sont belles, les imaginations de toute intelligence humaine distinguée seront belles pareillement, et que les formes des Dieux et des héros étaient entièrement nobles en rêve et en contemplation longtemps avant que l'argile ne fût souple dans la main du potier ou que la ressemblance d'un corps vivant fût possible en ivoire et en or.
(L'Art de l'Angleterre.)